À l'ombre des jeunes filles en fleurs, t. I, p
Il arrive d’ailleurs que . mr a aucune ironie ces effets purement littéraires dan de véritables morceaux de bravoure. Le morcea sur les aubépines en fleurs, celui sur les pommier: fleuris sont déjà classiques 4 Dans ces morceaux, Proust montre toutes ses qualités d’ observateur patient et précis, ses dons de poète et une extrême. richesse et souplesse. verbales :
« Celui qui est devenu entièrement sourd ne peut « même pas faire chauffer auprès de lui une bouil- « lotte de lait sans devoir guetter des yeux, sur le « couvercle ouvert, le reflet blanc, hyperboréen, « pareil à celui d’une tempête de neige et qui est «le signe prémonitoire auquel il est sage d’obéir en « retirant, comme le Seigneur arrêtant les flots, le « prises électriques : car déjà l’œuf ascendant et. « Spasmodique du lait qui bout accomplit sa crue « en quelques soulèvements obliques, enfle, arrondit « quelques voiles à demi chavirées qu'avait plis- « sées la crème, en lance dans la tempête une en
( noÿer sur elles-mêmes et jettera à la dérive, . « changées en pétales de magnolia. Mais si le “malade n'a pas pris assez vite les précautions « nécessaires, bientôt ses livres et sa montre englou- .
si
. : x 4 « tis émergeant à peine d’une mer blanche après
1. Ce dernier morceau figure déjà dans une anthologie à l’usage des écoles primaires supérieures : Mironneau et
AU Lectures littéraires et Professionnelles (Colin, éd. »à p. 435. ;
MARCEL PROUST Lu ce mascaret lacté, il serait obligé d’appeler sa l« vieille bonne » !, | Ou encore :
| « Mon ravissement était cent les asperges trem- L« pées d’outremer et de rose et dont l’épi, finement « pignoché de mauve et d’azur, se dégrade insensi- « blement jusqu’au pied, — encore souillé pourtant « du sol de leur plant, — par des irisations qui ne L« sont pas de la terre. Il me semblait que ces nuan- L« ces célestes trahissaient les délicieuses créatures L« qui s'étaient amusées à se métamorphoser en L« légumes et qui, à travers le déguisement de leur « chair comestible et ferme, laissaient apercevoir r en ces couleurs naïissantes d’aurore, en ces ébau- L« ches d’arc-en-ciel, en cette extinction de soirs « bleus, cette essence précieuse que je reconnaissais « encore quand, toute la nuit qui suivait un diner «où j'en avais mangé, elles jouaient, dans leurs « farces poétiques et grossières comme une féerie de « Shakespeare, à changer mon pot de chambre en « un vase de parfum » ?. na On a là deux exemples de phrases longues. On en A trouve de bien plus longues encore : une de deux pages entières, entr'autres, dans Le côté de Guermantes, t. II, pp. 268-269. Certes, il y a quelque excès, et parfois quelques lourdeurs (dans la phrase sur le lait : et que l'interruption du courant est gauche) dans cet entassement, mais cela correspond à une