Imrao haec quae Varo, necdum perfecta, canebat
f( Vare, tuum nomen, supt-ret modo .Manliia nobis, Mantua vae miserae nimium vicina Cremonœ, Can tantes sublime ferent ad sidéra cycni. »
Bucolif/ues, IX, 27-29.
2. « Daphni,quid antiquos signorum suspicis ortus? Ecce Dionœi processit Cœsaris astrum,
Astrum que segetes gauderent Irugijjus, et que Ducrret apricis in coliibiis uva colorem. Insère, Daphni, pires; carpent tua puma nepolos. >
Bucoliques, IX, 40-49.
Et nous pensons : « Ce n'est plus vrai aujourd'hui, malheureux Daphnis! y> Mais Mœris s'arrête. Sa mémoire vieillit ; la voix lui manque. Peut-être son éniution est-elle trop forte. Le jeune honime insiste : «Nous voici à la moitié du chemin. Nous découvrons déjà le tombeau de Bianor (le fondateur de Mantoue). Asseyons-nous ici, ou, si tu le préfères, laisse-moi porter tes chevreaux. » « Non, dit Mœris •. il faut presser le pas. La nuit vient. » Et avec la ténacité du vieux serviteur qui persiste à croire que justice sera rendue, il ajoute : « Nous chanterons plus à l'aise, quand Ménalque sera de retour. »
C'est tout. Jamais encore Virgile n'avait été aussi naturel. Et que de choses dans cette courte pièce : deux personnages si vrais et si sympathiques; un souvenir flatteur pour des amis; un reproche indirect à l'homme qui a trahi sa confiance ; l'espoir, malgré l'infurtune présente, en celui de qui l'on attend le salut; entin le sentiment réel de sa propre valeur et des services que rend le poète interprète de la nature, consolateur des malheureux. « Si tu nous avais été ravi, Ménalque, s'écrie Lycidas, qui nous aurait consolés ? » Cette neuvième Bucolique est un pur chef-d'œuvre. Et je ne serais pas surpris qu'elle eût mis un peu plus de douceur dans les âmes.
Mais il y a la quatrième. H y a celle de l'Knfant du Mystère. Il y a la quatrième Bucolique qui a tant fait travailler les imaginations etoii les chrétiens ont
cru distinguer les premières lueurs de l'Etoile que devaient suivre les Rois Mages. 11 faut avouer qu'elle est étrange. Ici, le commentaire s'impose. Je le ferai le plus court possible, et ma traduclion essaiera de donner quelque idée du lyrisme de l'original. Le poème est dédié à Poilion.
Haussons un peu la voix, ô Muses de Sicile! Laissons les tamaris et les taillis où nul N'est tenu de se plaire, et que, si notre idylle Chante les bois, les bois soient dignes d'un consul^ !
Ce vers Que les bois soient dignes d'un consul î m'a toujours étonné. Les bois signiîiexit ici la poésie pastorale. Mais quel rapport y a-t-il entre la poésie pastorale et un consul ou un minisire ou un président du conseil? Virgile nous avertit plutôt qu'il sort de la pastorale. Et en effet c'est un prophète qui commence :
Le dernier âge est là, prédit parla Sibylle; Saturne est de retour, la Vierge àses côtés. L'immense enchaînement des siècles renaît comme
Si rien n'avait été; Et des hauteurs du ciel descend un nouvel homme"^.
La prédiction de la Sibylle i laquelle Virgile fait allusion est probablement une de ces compositions judaïques et messianiques qui couraient l'Orient et qu'on apportait à Rome — à moins, ce qui est fort peu vraisemblable, qu'il ait pu consulter les Lz^/?/ Fatales ou Ghanîs Sibyllins. Fabriqués par des Juifs