CHAPITRE IV
Départ pour Lyon. — Le Perroquet de Virginie.
Virginie se décida donc à suivre ponctuellement le sage conseil de Gonthier et à partir pour la province, puisqu'au théâtre des Variétés, comme au théâtre du Vaudeville, elle n'avait pu parvenir à tenir un emploi convenable.
Elle était dans cette disposition d'esprit, lorsque, par une belle matinée de juin 1817, elle fut éveillée dès sept heures du matin par un visiteur.
ou VIRC.IINIK DKJAZET.
Sevcstc, son ancien camarade, qni cnmnlait alors (\\ était artiste du Vaudeville ci correspondant), venait lui oiïrir un superbe engagement pour Lyon : 1,800 francs d'appointements. Il s'agissait de renudacir madame Vicherat, forcée de j)arlir sur-le-champ pour les lies, où son mari était mort récenmient.
Virginie accepta sans hésiter.
Ses barrages n'étaient point nombreux , et ses malles furent vite chargées.
Vingt-quatre heures suffirent à ses adieux, et riche de jeunesse et d'espérance , ayant pour seul mentor un perroquet qu'elle adorait, elle partit, sous la garde de cet ami fidclo, pour la seconde ville du royaume.
En ce temps-là, et ce n'est pas loin pourtant, eh bien, en l'an de grâce 1817 , les diligences mettaient sept jours à faire le trajet de Paris à Lyon. Les voyageurs passaient trois nuits à l'hôtel, et souvent, très-souvent on ne
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trouvait point Je chevaux aux relais, retenus qu*ils étaient aux champs ; il faHait attendre leur retour de la charrue, et je vous laisse à penser de quel trot vous menaient ces pauvres betes éreintées et poussives. On leur in<^urgitait du vin pour ranimer leur courage; mais ce courage d'un moment cédait bientôt, vaincu par les fatigues du jour.
Virginie avait pour compagnons de voyage un Anglais et un Allemand. Ces deux aimables étrangers se montrèrent trcs-empressés. Pour mettre sa position à couvert, elle s'était bien gardée de leur dire qui elle était et ce qu'elle allait faire à Lyon ; mais elle eut l'imprudence de laisser un instant à la table d'hôte son perroquet seul avec ces messieurs, et l'indiscret animal, pendant l'absence de sa maîtresse, se mit à crier et répéter sans cesse :
— Virrrrrfjinie y Yirrrrrginie^ sais-tu ton rôle? yirrrrrginicy Brrrrrunel ncst quun polissonl Vininijinic, au ihcdlrrrre! au tlicd- Irrrrel
H2 viHi.iMK i)i:.i.\zi:t.
Oiiand Virginie revint, le perroquet se tut ; mais l'Anglais s'écria :
— Madoiiîoiselle Virizinie sait-clle son râle? Et rAllemaud ajouta :
— Mademoiselle Virginie, Brunct ncst qu'uti polisson !
L'incognito n'était plus possible.
L'actrice voyageuse n'eut point ;i se repentir de l'indiscrétion de son perroquet. Les soins, les prévenances, les assiduités de ses deux compagnons de route redoublèrent ; mais leur respect ne diminua pas.
Virjrinie arriva à Lvon sans accident. Elle débuta par le rôle de Laure dans les Deux PereSy ou la Leeon de botanique^ pièce de Dupaty, Tex-académicien. Mais elle rencontra des obstacles qui retardèrent son début, et qui l'eussent fait ajourner indéfiniment, sans la complaisance d'un artiste dont le nom a acquis depuis à Paris une certaine popularité.