‹ Virginie DejazetChapitre 15 sur 92 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'amoureux qui s'était présenté (levant le

public de Lyon pour tenir l'emploi de Gonthier

venait de tomber, et personne dans la troupe

ne pouvait le remplacer.

A Pontoise ou à Carpentras, et M. Ducros directeur, on eût supprimé le rôle de Prosper, comme nuisant à l'action, et joué la pièce; mais à Lyon, fort heureusement, on ne tolère pas ces moyens-là. Il fallait absolument un Prosper, et le directeur n'en trouvait pas. Comment faire? à qui s'adresser?... A l'Empereur!... Oui, oui, à l'Empereur, ne vous en déplaise, c'est-à-dire à Gobcrt, qui, pour faciliter les débuts de mademoiselle Virginie, consentit gracieusement à jouer ce rôle, quoiqu'il n'appartînt plus à son nouvel emploi (depuis quelque temps déjà il s'était voué à l'étude spéciale du drame). Enfin, grâce à Gobert, Virginie put débuter à Lyon, et là comme à Paris, elle obtint un légitime et véritable succès.

Elle espérait cette fois pouvoir enfin tenir son emploi librement, et se croyait délivrée à

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jamais iji's colcru's de Ions {^(Miro.s doiil vWo. avait été vicliinc à ViwU. \i\\c s'élait exilée, car la })io\iii( e pour eliç cçlail Ti'xil ; elle s'éUiil exilée \muv l'iiii- le voisina^^e ilcMinello, (loni la priMiiière elle admirait le lalenl ; jioiir fuir I^nlliIle, eettchulUiiie favorite doni la puissance lui avait été si fatale ; eniin pour trouver sa place au soleil île la rampe.

Trouverait -elle au iiioius dans Texil ce (|u'elle avait vainement elierclié à Taris?

Il n'y avait point à Lyon un talent comparable à celui de Minette, sans doute; mais il y avait à Lyon, comme aux Variétés, cornme dans presque tous les théâtres, une sultane favorite.

La Pauline du cln'f-lieu du département du lîlione s'appelait Ugens ; son pacha se nommait Solomé ; il était réj^isseur général et plus puissant que le directeur.

Mademoiselle L'gens n'était pas sans beauté,

mais elle était sans talent : c'était iino de ces Iroj) nombreuses aetrices qui se servent d'un théâtre comme d'une montre d'étalage, pour faire parade de leurs quehjues cliarmcs , espèir.s d'automates vivants qui revêtent tous les costumes , avec cotte seule dillérenee que les automates se soucient fort pou. de l'élégance et delà richesse de leurs habits, tandis i[ur les automates animés, au contraire, ne se soucieut que de cela.

Mademoiselle Ugens, qui, à défaut desavoir, ne manquait pas de savoir-faire, tenait l'emploi des jeunes premières, ou plutôt l'emploi des bennx rnjes; les pièces n'étaient distribuées que lor-que mademoiselle Ugens avait choisi le rôle qui lui convenait, ou qu'elle croyait lui convenir. EllVayée des succès de la nouvelle venue, elle employa toutes ses séductions et son savoirfaire pour arrêter Virginie dans son essor.

Sidomé, le pacha corruptible, cédait à tous les désirs, à tous h.-s eapriccs de sa diva sultane.

îio viR(;iNii': i)K.ia/.i:t.

Viri!:ini(' n'avait (Tanlro prolinMonr que son nuM'ilo ^i[\\\ {grandissait par les diriicullos) ; elle anrait onroro été rol<\iTn(^o nu socond plan et sacritioo à niadcinoisfllt» l'^îc^ns , si le public de Lyon ne se lût lurlédc la partie ; mais Itî public se déclara le champion de la débutante, les b.ibitués protestèrent contre le trop (Tandution de mademoiselle Ugcns, signifièrent à l'administration qu'ils entendaient qu'elle ne sortît jtlus à Tavonir de son emploi, et réclamèrent à haute voix, en plein spectacle, le respect des droits de l'opprimée.

Enfin, le public aidant et le bon droit triomphant, Virginie courpiit une position, de beaux rôles et de brillants succès. Cette manifestation inespérée du public en sa faveur ranima son courage, doubla son ardeur, enflamma sa jeune imagination : elle continua à travailler sérieusement.

Elle reparut dans AnfjrlinCy ou la Champenoise On lui fit une entrée superbe, on la rappela; et ce fut toujours à Lyon, à partir de cette

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soirée, même succès, même fêle pour elle. C'est i[\v-d parlir de cette suiive, elle lit de sensibles progrès, et tout le monde voyait ce que Potier avait vu le premier, qu(î Yirjj^inie n'était point une actrice ordinaire, mais une véritable comédienne.

Tautin, qui devint plus tard le premier rôle de l'Ambigu ; madame Ciuillemin, l'excellente duègne du Vaudeville, qu'on ne remplacera pas de longtemps ; Bertin, qui créa le Vieux Bercer au Panorama-Dramatique; Prudent , qui créa l'amoureux de Partie et Revanche , au Gymnase, et (jui vint terminer sa carrière au Luxembourg : tous ces artistes de mérite étaient alors à Lyon les camarades de Virginie , et les premiers à la féliciter et à prôner son talent.

M. Delestre-Poirson, qui venait d'obtenir le privilège du Gymnase, voyageait à cette époque pour former sa troupe ; il entendit faire un tel éloge de Virginie , que le nouveau directeur partit pour Lyon, afin déjuger par ses propres yeux. Il lui vit jouer le Diable couleur (h rose,

"JiS VIRGINIE DÉJAZET.

et voiilul l'onûfao^cr le soir iiiènic ; mais elle avait signé quelques jours auparavant un engagement d'une année pour Bordeaux, et les offres avantageuses de M. Poirson, le désir qu'elle avait de revoir sa famille et son cher Paris, rien ne put la faire manquer à sa signature.

M. Poirson fut donc obligé d'attendre qu'elle fui libre ; il l'engagea néanmoins pour l'année suivante.

Virginie quittait Lyon avec chagrin. Elle y était depuis plus de deux ans. L'aimable et sympa lliique accueil qu'elle y rencontra toujours avait pénétré son cœur de reconnaissance. Les fatigantes poursuites d'un original dangereux furent les seules raisons qui la décidèrent à partir.

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