‹ Virginie DejazetChapitre 32 sur 92 · CHAPITRE VII. li · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. li

Cl, n'en déplaise à MM. Morcau et So\\Tin, ce n'était vraiment pas là une chute bien extraordinaire. Mais Déjazet disait ce /pc/r/rm/ avec une expression tout à la fois si impérative et si franchement comique, elle le lançait avec une résolution si positive, il y avait tant d'indépendance féminine , de hardiesse et d'obstination campagnarde dans ce j^ parlerai, qu'elle produisait un prodigieux effet; et ce mot banal que les auteurs avaient mis là, plutôt comme u\\c cheville que comme un trait d'esprit, devint un des mots les plus heureux de la pièce, grâce à Déjazet.

Son couplet dans le vaudeville final, adressé à Baptiste, le jardinier, son époux, n'était pas moms applaudi; elle était pétillante d'esprit et de finesse quand elle patoisait cette prose, rimée :

a Je suis bieu aise ici de te 1* dire,

» Moi j'aimons qu' la réalité.

» Quand tu m' contais ton doux martyre,

» De ton amour j' n'ons point douté.

» D'puis six mois c'est la mOnic aulienue

H6 viUGiNii: 1)i:ja'/i:t.

« J' la crois franch'!... mais souviens-loi bien » Qu' je t' s'rais HdMecn comédienne M Si tu faisais le comédien. >»

Il est vrai (ju'il éloil plus laciic de tirer bon parti lie te couplol que du premier; au moins dans eelui-ci il y a un trait, une pointe, quelque pou impertinente môme; il ne s'agissait que de faire sentir l'intention, ce que Déjazet Ht avec ce tact qui n'appartient qu'à elle. 'Ce fut encore au mois de juin, le 28, que Déjazet créa le rôle d'Octave de Balainvillc dans Je Mariage enfantin^ petit acte de Scribe et C. Delavigne, écrit pour Léontine-Fay et Déjazet. Cet Octave de Balainville était l'amant de Cécile de Mireval, petite fdle de dix à onze ans : cette petite fdle, c'était Léontine. La pièce eut un succès de cent représentations, grâce à ses deux gentilles interprètes. Perlet complimenta Déjazet, qu'il trouvait charmante.

Puisque le nom de Perlet vient sous ma plume, je ne passerai point sous silence certaine anecdote qui n'est point à la louange du grand artiste, il est vrai, mais qui doit ici trou-

CM AiMTUK VII. n:

ver sa j)lacL', no rùt-cc que \nn\v servir (ravertisscnienl et de leçon à ceux qui seraient assez faillies pour compromettre leur talent afin (l'obliger des camarades égoïstes et ingi'ats.

On sait que Perlel lut sur le point d'être engagea la Comédie-Française. 11 désirait se faire entendre dans le haut trottoir, et comme le théâtre du Gymnase avait, par son privilège, le droit de jouer Molière, il proposa démonter le Dcpit amoureux, comptant faire sensation dans le rôle de Gros-Réné.

A là veille déjouer la pièce pour un bénéfice, on s'aperçut que personne ne savait Marinette. Impossible cependant de jouer le Dcpil sans une Marinette.

Toute la salle était louée à l'avance, la recette promettait d'être superbe, et Perlet tenait essentiellement à jouer Gros-Réné.

Pour y parvenir, il alla trouver Déjnzct, et la

M8 V1RG1MI-: DÈJAZET.

supplia de lui rendre le service d'apprendre Marinelle pour le lendemain.

— Comment, en moins de vingl-quatre heures! s'écria Déjazct, très-efTrayée d'une semblable proposition.

— Ma chère enfant^ 'si vous refusez, nonseulement vous ferez manquer le bénéfice, mais encore vous me chagrinerez beaucoup, car je tiens essentiellement à jouer demain ce rôle. Nous aurons une superbe chambrée, et le succès vous récompensera de votre complaisance.

— Mais je ne saurai point ; songez-y donc, du Molière?...

— Bah î vous avez une mémoire extraordinaire; il ne faut jamais douter de soi... Allons, ma bonne Virginie, faites cela pour moi, et je ne l'oublierai de ma vie, je vous le jure.

— Cela vous ferait donc bien plaisir?

— CVst-à-dire que je vous eu aurai une reconnaissance éternelle.

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