‹ Virginie DejazetChapitre 31 sur 92 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

cette époque où la belle Élisa Jacops se disait, se croyait réiiuile, l'égale en talent de Virginie Déjazet. Anjonrd liui Virginie Déjazet brille dans tout l'éclat d'nn talent incontestable et incontesté, d'un talent liors ligne et universellement admiré. Virginie Péjazet compte ses jours par ses succès. Aujourd'bui, qui se souvient d'Élisa Jacops "î

Et cependant, je le répète, cette actrice promettait à Bordeaux un sujet distingué ; elle avait assez d'influence et de qualités naturelles pour disputer le terrain à Déjazet et la gêner singulièrement, en làcbant la meute de ses adorateurs et de ses adorés contre les succès de sa rivale.

11 paraît qu'il était écrit que Déjazet devait toujours rencontrer sur sa route une barrière, élevée soit par les intrigantes, soit par les sultanes favorites.

Au Vaudeville, pas moyen d'avancer : Minette régnait en souveraine ; mais Minette avait

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un talent incontestable; s'eilacer devant elle etailjustice.

Aux Variétés, impossible d'avoir un rôle : Pauline, la sultane favorite du pacba Brunet, était ombrageuse en diable.

A Lyon, il fallait arracher les rôles un à un à madame Ugens, autre sultane, qui les accaparait tous.

A Bordeaux, il fallait encore se disputer chaque jour avec Élisa Jacops, qui, par ses faiblesses de jolie femme, était devenue très-forte en se créant adroitement, parmi les abonnés, de nombreux partisans, qui la défendaient avec d'autant plus de zèle, qu'ils savaient que jamais elle n'oubliait de récompenser largement ses défenseurs.

La lutte dura donc pendant les neuf mois que Virginie Déjazet resta à Bordeaux ; mais, pour l'honneur bordelais, il faut avouer que le talent l'emporta sur les œillades, les intrigues

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et le commerce galant (FElisa Jacops. Di'jazet prit le pas dans l'opinion publique sur sa rival(^

Elle ne profita pas longtemps de sa victoire , l'administration fit faillite, et la Iroiipe se trouva désorganisée.

Beaujolais, le nouveau directeur, homme adroit et honnête s'il en fut, homme aux yeux (le lifigo, ainsi qu'il le disait lui-même quand il voulait faire parade de sa finesse et de sa pénétration , Beaujolais voulut garder Déjazet. Mais elle était trop désireuse de rentrer dans son cher Paris pour ne pas profiter d'une circonstance qui lui permettait d'y retourner trois mois plus tôt qu'elle ne l'espérait d'ahord. Elle refusa donc toute proposition et se rendit -en toute hâte à Paris.

Elle arriva dans la capitale du monde artistique le 26 janvier 1 821 .

Sa première visite fut pour sa famille,

in» V1IU.1M1«: DIUAZKT.

mais la socoml<^ lui jK>ur >l. Dclt^lre-Poirson

adniiiiislraloiir liahilc du (i\iiiiiasc- Draina-

li«jiie.

Elle brûlait du désir de vnir celle nouvelle salle de spectacle, (|u'on disait si coquette, si élégante; elle brûlait ])lus encore du désir de connaître ses nouveaux camarades, au nombre desquels elle allait retrouver riontliier.

Le riymnase-Dramatique ouvrit le 23 décembre 1820, sous la direction de M. de la Rr»scrie cl l'administration de 3JM. Poirson et Cerfbeer; les régisseurs étaient MM. Dormeuil et Lacbabeaussière. Quand Déjazet arriva, il y avait donc un mois à peine que les représentations s'eiTectuaient régulièrement dans cette jolie bonbonnière construite, comme on le sait, en trois mois, sur l'emplacement de ranci(!n cimetière Honne-Nouvidle. (Un llicAlrc sur remplacement d'un cimetière! 0 Fran(;ais! î!)

Déjazet passait loulcs ses soirées à voir jouer.

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Ir Bmtlernnl Bonne-^^Ou relie; c'était la pièce (l'ouverture , un vaudeville eu un acte Je AHT, Srrihe, Moreau et Mélesville ; puis /'.tmonr nicdcciny de Molière.

Le Gymnase avait alors le droit de représenter toutes les anciennes pièces de la scène frnnçaise et du théâtre Feydeau, à la seule condition de les réduire eu un acte. Aussi les administrateurs lirent-ils la mauvaise plaisanterie de donner /(( Fce Urgcle et le Dépit amoureiLfy estropiés et réduits a rien par leurs ciseaux.

Elle vit encore jouer V Amour plat oni(jiie, la Maison en loi cric, unn Visite à la campa g ne , et enfin Caroline, charmant petit vaudeville de Scrihe et Ménissier.

Elle vit défiler sous ses yeux dans tous ces ouvrages une grande partie de cette excellente troupe d'artistes, composée alors de Perlet, Gonthicr, liernard-Léon, Dormeuil, Désessart, Sarthé, Duvernois, Camel, Narcisse, Perrin, Chnlbos, Dangromont, Provenchère, Emile

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Vaillal; de mesdames (Irévedon, Estlicr Dorlîionil. ï.alando, Kiintz, Sarda, Lacaille, Huj^ot, SaiiU-Aul)in-FI(Miriel, cl d'autres dont les noms m'échappent.

Le rare onscmble avoc lequel marchaient tous les ouvrages lui parut merveilleux. M, Poirson lui demanda dans ((uelle pièce et par quel rôle elle voulait débuter. Elle choisit le rôle de Marianne, dans Caroline, Cette pièce avait été créée au Vaudeville; mais le 30 décend^re 1820, elle fut reprise au Gymnase, et ce personnage de Marianne, établi dans l'origine par Minette , était tombé dans les mains de mademoiselle Fitzelier. Virginie Déjazct s'en empara a son tour, et débuta donc dans Cflro///?r. Malgré la peur qui paralysait ses moyens, elle réussit complètement. Ses directeurs la félicitèrent, et dès son premier début, elle prit bonne posture dans le théâtre. Elle attendait avec impatience sa première création : la venue de Léontinc Fav mit fin à son altente. Scribe et Mêles ville écrivirent la Ptiite Sœur, et lui confièrent le rôle de Léon, jeune élève d'un lycée.

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Le 6 juin 1821, les coniodicns ordinaires de Son Allcsse Royale MadauK; la duehesse de Berry jouèrent, pour la première fois, la Petite Sœur, et Virjzinie Déjazet lit sa première créalion devant MiuUuney (|ui la trouva cliarmanle, peut-être parce qu'elle lui ressemblait.

Dans cette pièce Déjazet terminait un couplet ainsi :

« Toujours unis, marchons tous à la gloire » Et donnons-nous la main.»

C'est à M. Duvernois qu'elle adressait ces paroles. Cet honnête M. Duvernois courut en elTet après la gloire, mais il ne put l'atteindre, comme tant d'autres : quant à Bernard-Léon, il n'attrapa qu'une plume de son aile ; cette plume lui resta dans la main , et la gloire s'échappa; Léonline Fay et Déjazet parvinrent seules à attraper et à retenir prisonnière cette infidèle et vaniteuse sœur du Caprice!...

Ce mois de juin de Tan de grâce 1821 fut très-fertile en succès pour Déjazet. Le 23, elle

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créa ]\I;ulelcino dans le Comcdicit (rKtanipcs, délicieuse pelile comédie de Morcau elSewrin, dans la(|uello Porlct s'est élevé à une telle hauteur, que le rôle du comédien Dorival est toujours resté le plus beau fleuron de sa couronne d'artiste.

Il fallait un véritable mérite pour parvenir à se faire remarquer à côté de Perlet. Déjazet y parvint cependant. Dans Madeleine elle était adorable tant elle était vraie ; c'était un rôle de petite paysanne, la femme d'un jardinier. Il fallait l'entendre chanter ce couplet de facture :

« Est-c' que les demoiselles » Peuv'nt toujours » Dans l's amours, » Consulter l'autour d' leurs jours?

» Celui qui sait nous plaire, » C'est le fils du notaire , » M'sieu Dupré, )) Qu'à not'gré » J' trouvons. ...»

— «Tais toi (interrompait M. Coibin).

« J' parlerai. »

Ce f parlerai était le dernier mot du couplet,

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