CHAPITRE Vlll
Sept années au théâtre du Gymnase (1821-1827). — Voyage à Dieppe. — Rupture.
Virginie Déjazet joua un grand nombre de rôles au tlicàlrc du Gymnase.
Le 24 mai 1822, elle créa la jeune Adeline de Préval dans la Meunière, opéra-comique en un acte de Scribe et Mélesvillc , dont Garcia avait composé la musique.
ii6 vmciNii: nKJAZET.
Le 28 soptonibro, Scribo lui donna TionnoUo de son youvcaii Poiorraur/nac.
Le 1 5 janvier [S2B. il lui fit établir le rôle du petit Jacol» dans la iMf/rdu Portier; puis, le \ 6 juin de la môme année , Madeleine dans
Parti'' et Rcranchc.
Le 18 août, Mimi dans les Grisettes.
Le 19 septembre, Mazères et Romieu firent jouer le Bureau de IjAerie; elle créa dans cette pièce le rôle de Joséphine.
Le 20 septembre , elle créa Louise dans lioihljjhe^ une des plus délicieuses pièces de Scribe, le plus fécond, le plus habile, le plus heureux autour dramatique du siècle.
Le 13 mars 182't, Théanlon et Ramon de la Croisette durent à Déjiizetle succès des Femmes romanliijues.
Le 21 octobre, elle fut très-agaçanlc dans la
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petite couturière Joséphine du liai chainjnirc, joli j)olit acte de Scribe et Dupin.
Scribe et Mélesvillclui donnèrent encore, le T' décembre, Toccasion de se faire applaudir dans M. Tardif. Son roled'Antonine dans Le plus beau Jour de la vie lui valut les éloges les plus flatteurs de S. A. R. Madame la duchesse de Berry.
Enfin on la vil jouer tour à tour dans Ir Saiscr au porteur, le Coiffeur ci le Pernupder, les Petites Saturnales^ la Haine d'une femme, VÉcarié, la Nouvelle Clanj, la Famille normande^ cl quantité d'autres pièces dans lesquelles elle portait avec une égale facilité soit l'habit masculin, soit le jupon court de la paysanne aux bas bleus, soit le bonnet enruhrmé de la grisette du faubourg. Collégien, amoureux, paysanne, ou griselte, aucun costume ne l'embarrassait; rien ne la gênait, tout lui était familier. C'est que les artistes qui ont un tel mérite sont doués d'un sentiment exquis, d'une rare pénétration , d'une facilité incroyable; ils ont la faculté de tout observer, de tout retenir, de tout
12S VIHGINIE DÉJAZET.
ropriKliiiiv. Ils puisent en (Uix-menies celle science divinaloire, grâce h laquelle ils parviennent à exprimer toules les [>assions, même celles qu'ils n'ont point éprouvées, même celles lonl ils n'ont pu étudier les ciTets sur autrui. Les artistes hors ligne, tels que Déjazel, ont réellement un sixième sens, qu'on i)eul appeler la rue intérieure.
Ont-ils a créer un type nouveau, ils s'enferment, s'isolent ; livrés à la solitude inspiratrice, ils descendent en eux-mêmes, et parviennent à voir passer dans leur cerveau, véritable miroir humain, le type qu'ils cherchent, le personnage qu'ils veulent créer. Alors leur mémoire garde fidèlement le souvenir de cette apparition ; leur nature souple, docile, obéit à leur volonté inflexible, prend la forme, l'allure, le geste, l'expression, l'empreinte du personnage que leur imagination fantastique a évoqué, créé, cl que leur intelligence scénique reproduit exactement trait pour trait.
Les artistes supérieurs, comme Déjazel, pos-