‹ Virginie DejazetChapitre 37 sur 92 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

lidclc envers ses interprètes. 11 abandonna mademoiselle Mars pour mademoiselle Plessy, — Firmin pour Menjaud, — mademoiselle Denain pour Madeleine Brolian. Les auteurs célèbres sont aussi capricieux que le public, et ce n'est pas peu dire.

Déjazet regretta toujours ce rôle de madame Pincliun , elle le regrette encore : aussi, du moment où elle le vit entre les mains de Jenny Vertpré, elle ne songea plus qu'à quitter le Gymnase.

M. Poirson ne tarda pas à lui fournir l'occasion d'une rupture , elle s'empressa de la saisir.

Tous les ans, à la saison des eaux, M. Poirson envoyait la moitié de la troupe du Gymnase à Dieppe, pour donner des représentations devant madame la duchesse de Berry. En 1827 (Déjazet était depuis sept ans au Gymnase), elle fut du voyage, ainsi que madame Dormeuil. Madame Dormeuil , à peine arrivée , tomba sérieusement malade. Il fallut distribuer les

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rôles. Déja/el o\ JiMiny YtMMprc en héritèrent; m.iis nii lieu de faire nn égal partage, M. Poirson donne les bons rôles à JiMiny Vertpré et les mauvais à Déjazet.

Déjazcl crie, se révolte, demande justice, réclame, discute, s'emporte. M. Poirson maintient sa distribution. Alors Déjazet pro])ose la iMiplure de son engagement, M. Poirson refuse d'abord ; mais elle insiste, et si vivement, que M. Poirson, blessé de se voir mettre à pbisieurs reprises la marché à la main, Unit par accepter.

Déjazet fut libre îî!

Mais à peine son engagement est-il rompu, qu'elle voit l'embarras dans lequel se trouvait Poirson : ses spectacles étaient constannnent chirnvés parce brusque départ. Elle ne veut pas laisser ainsi l'homme avec qui elle eut pendant sept années d'excellents rapports, et lui fait [>roposer, maintenant qu'elle n'y étail ]»lus contrainte, d'ap[)rendre et de jouer toui les rôles qu'elle avait refusés d'abord.

CHAIMTRE vm. \%ij

M. Poirsoiij toiK'lié de ce retour volonlairr, lui dit de considérer leur rupture comme non avenue. Mais Déjazet la maintient; seulenuMit elle promet de faire réiiulièrement son service comme par le passé, juM|u"à la iin de la saison lliéàlrale.

M. Poirson savait fjuc Déjazet était unr. femme résolue, et qu'elle ne revenait jamais sur un parti pris; il re|^arda donc cette résiliai ion comme défmitive et la regretta sincèrement.

— En vous perdant, lui dit-ii, je perds le plus honnête homme de ma troupe.

En oiïet, Déjazet, qui n'avait d'abord au Gymnase qu'un engagement de deux années, l'avait renouvelé j)our dix ans^, sur parole; car jamais elle n'avait signé ce nouveau traité, (|ui était resté oublié au fond de quelque tiroir. Et quand elle voulait plaisanter avec M. Poirson, ou quand il lui jouait quelque mauvais tour, elle lui répétait toujours:

no vinr.iNiE di-jazkt.

— Piviuv> irardo, vous c^los oni'aîjjo vis-à-vis (le moi, mais moi je ne le suis pas envers vous.

— Je suis j>arfailem(MU lran(|uille, répondait M. Poirson. Vous êtes le pltis honnête homme de ma troupe.

Les représentations marchèrent très-régulièrement à Dieppe; elles étaient Ircs-suivies, et Madame n'en manquait pas une.

On sait que Déjazet ressemblait beaucoup à la duchesse deBerri. En 1817, elle était blonde comme elle, mince comme la duchesse était alors.

Cette ressemblance étaitsi frappante, qu'elle fit dire à Madame elle-même, un soir que le directeur la conduisait au foyer du Gymnase, où il avait fait tout récemment placer son buste par courlisanerie : «yl/t/ ahl mon chei' Poirson, vous avez décoré votre foijer du portrait de mademoiselle Déjazet; cesttrès-galant! »

CMAPlTRi: VIII. \\\

iM. Poirson fut tout penaud, et ne sut que répondre à S. A. R. , qui, par eiitte méprise, Tavait mis dans Timpossibililé de relever son erreur.

Si Madame la duchesse eût été une trés-jolic femme, il n'eut pas hésilé à lui dire :

— Mais, Madame, ce Imste est le vôtre; — et d'ailleurs elle se fût volontiers reconnue, car le buste était fort ressemblant.

Madame la duchesse n'était point une trèsjolie fenune, et cette ressemblance frappante ne satisfaisant point sa cof|uetterie, elle ne voulut donc pas se reconnaître.

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