‹ Virginie DejazetChapitre 36 sur 92 · CHAPITRE Vlll. la.i · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll. la.i

de pouvoir demander soit un couplet, soit une cou[)nre; enfin elle touchait à cette li«>ne de démarcation qui sépare les artistes de premier ordre du commun des martyrs. Encore un pas, encore un beau rôle, encore un succès, et elh; obtenait Tépaulette de capitaine, dans ccLle belle compagnie de comédiens du théâtre de Md'lamc. Elle attendait, elle espérait... quand, un beau malin, elle apprit que M. Poirson vevait d'engager Jenny Verlpré!... Jugez de son désespoir ! . . .

Elle alla trouver M. Poirson, se plaignit amèrement de ce nouvel engagement, qui venait si malencontreusement renverser toutes ses espérances, et la condamnait à végéter encore , au moment où elle croyait pouvoir compter sur la justice et la loyauté de son directeur pour occuper enfin la première place que vingt créations heureuses l'autorisaient à réclamer.

M. Poirson lui répondit que la venue de Jenny Vertpré ne lui serait aucunement préju-

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diciable ; que le talent de Jenny Vertpré n'avait aucun rapport avec le sien, et qu'elles pouvaient toutes deux briller au Gynuiase sans se nuire en aucune façon.

C'est la réponse ordinaire de tous les directeurs en pareille circonstance.

Déjazet connaissait assez le théâtre pour savoir que si les auteurs travaillent pour un sujet, ils négligent complètement les autres. Elle pressentait que, placée après Léontinc Fay et Jenny Vertpré, sa position serait secondaire, et qu'elle aurait encore beaucoup à souffrir. M. Poirson voulut en vain la dissuader; la suite prouva que les appréhensions de Déjazet étaient fondées. Car en effet on n'écrivit plus que pour Jenny Vertpré. M. Scribe fit le Mariage de raisoïiy et il donna le ravissant rôle de madame l^inchon à Jenny Vertpré...

Ce fut un coup cruel pour le cœur d'artiste de Déjazet; elle ne pardonna jamais cette infidélité à M. Scribe. Mais M. Scribe est trcs-in-

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