CHAPITRE Xlll
porcelaine de Saxe, représentant les Nymphes et les Amours, a été donnée à Déjazel à Toccasion (riinl»aptènie, par Alexandre Dumas, lorsqu'il fut son compère et (|u'il jeta aux paysans de Seineport des pièces de monnaie en guise de bonbons; quand vous saurez qu'une gravure des plus rares du portrait de Talma, revêtue de l'autographe du grand tragédien, que les bustes de Potier et de madame Malibran, que le portrait de la petite hlle de Déjazet et le portrait de sa mère sont placés depuis de longues années dans cette môme chambre, qu'on voit aussi dans un large cadre en velours bleu la L/.sr'/Zr' de Déranger copiée en lettres d'or et illustrée par ce quatrain charmant, écrit de la main de Frédéric Bérat :
«« En '''Coûtant ton chant si frnis et si Itger,
» Lisette, oui, la foule est ravie, » Chacun devient jaloux du sort de Déranger, » Et ce n'est pas alors sa gloire qu'on eu vie ; »
quand vous saurez que l'éclairage de cette pièce, semblable à celui du salon, s'efîectue par la combustion d'esprit-de-vin renfermé dans
des petits globes en cristal de Bohème aux mille jets; que la descente du lit est en hermine; que le tapis fond blanc aux mille fleurs est de moquette; que la chaise longue, la chaufl^eusc à dossier matelassé sont recouvertes en satin bouton d'or ; qu'une large glace sans lain donne sur le salon ; que devant cette glace reposent sur une petite tablette de cristal un magnifique couroucou empaillé et une jardinière en bois de rose ; tout cela vous étonnera moins sans doute que d'apprendre qu'il y a dans la chambre à coucher de Déjazet un Christ et un Ave Maria. C'est cependant l'exacte vérité.
Mais revenons au conducteur de diligence.
Déjazet ne le fit pas longtemps attendre. Des qu'Elise, sa femme de chambre, l'eut annoncé, elle ferma son livre et alla recevoir ce visiteur inconnu.
C'était un beau garçon de trente-huit ans environ, vêtu d une veste brodée toute neuve, semblable à celles que portent d'ordinaire tous