CHAPITRE XIII
les autres conducteursde radmiiiistratioii. Après avoir assez gauchement entame la conversation, il finit enfin par instruire Déjazet du motif de sa visite.
— Vous allez probablement me trouver bien indiscret, madame, — lui dit-il; — mais on vous fait si bonne et surtout si obligeante, que j'espère que vous me pardonnerez. Voilà ce que c'est en deux mots. Je suis à la veille de perdre ma place, faute d'un misérable billet de cinq cents francs qu'il faut que je remette d'ici deux jours pour mon cautionnement à l'administration, sans quoi je serai renvoyé... Depuis quinze jours, ma femme et moi nous courons de tous côtés pour nous procurer cette maudite somme; pas moyen de la trouver. Les prêteurs d'argent veulent un gage, et, ma foi, je n'ai rien à leur donner qui ait à leurs yeux une valeur assez importante. Bref, je suis sans le sou! il n'y a pas de honte à cela, mais j'ai deux filles et une femme à nourrir, et si je perds ma place, je ne sais trop comment je vivrai. Ma petite Gabrielle (c'est l'aînée de mes deux filles)
250 vin(,iNiE I)I<::jazi:t.
m'a donm' le consoil de m'adresscr à vous. Elle a enlcndii dire par sa maîlrcsso d'apprentissage que vous étiez la Providenre des luallienreux, et, ma foi, quoiijiie je eomprenne bien que ma demande soit singulière et intempestive, je me suis tout de même hasardé à venir vous la faire.
Pendant quecethommc parlait ainsi, Déjazet examinait attentivement sa veste... une veste toute neuve!...
On était a l'époque du carnaval. Déjazet pensa d'abord qu'elle n'avait point 500 francs chez elle, puis ensuite que cette veste était un costume d'emprunt; que le prétendu conducteur était un aventurier qui voulait la duper comme tant d'autres, s'amuser à ses dépens, et rire ensuite de sa crédulité. Elle pensa que son ami Cucbelet, lopins grand sermonneur de tousses intimes, lui reprocherait encore de jeter l'argent parles fenêtres, et justement elle attendait à dîner le soir même ce sévère mentor.
Cependant elle trouvait à ce conducteur un