‹ Virginie DejazetChapitre 72 sur 92 · VllU.IME I)t:JAZET · texte numérisé non relu

VllU.IME I)t:JAZET

toujours iinprovistMiu^sprirrcs ; elles sont pculêtre moins poétiijues, innis au moins elles ont le mérile de l)ion traduire mes pensées, d'être mou véritable langage, d'être à la portée de mon esprit; et ce qui me fait persévérer dans cette lialtitudc, (\\u) vous devez trouver bien étrange et en debors des lois de Téglise, c'est qu'en agissant ainsi je comprends naturellement mes prières, et je les dis alors avec un véritable recueillement, avec une ardente ferveur.

— Toutes les prières sont agréables à Dieu lors(|u'elles partent du fond du cœur, mon enfant.

— Vous dites cela, mais je parierais, monsieur l'abbé, quedans votre pensée intime, vous trouvez que je suis une bien effrontée pécbcressc d'oser vous parler ainsi ?

— Eb bien, cbère enfant, vous perdriez votre pari. Je suis au contraire étonné et ravi de ce que je viens d'apprendre.

— Vous vous moquez?

cil M'ITUi; \lll. 273

— Non, sur riiomuMir... Lancée comme vous êtes dans le tourbilU)n des enivrements du monde, vous pouviez comme tant d'autres oul'Iicr Dieu, jusqu'au jour de l'adversité, mais vous vous souvenez de lui, vous l'invoquez au milieu de vos succès et de votre gloire, cela est Itien, cela vous [)ortera bonheur, mon enlant. Continuez à l'aimer et à le prier à votre façon. Plus lard, lorsque votre imagination sera moins ardente, lorsque votre vie sera moins remplie, peutH'tre œmprendrez-vous mieux les devoirs que TKglise impose, mais ne dussiez-vous jamais les comprendre autrement qu'aujourd'hui, vous n'en serez pas moins digne de l'indulgence du Seigneur, et il aura égard, dans sa bonté infinie, à l'excellence de vos intentions, soyez-en certaine.

— Vous le crovez ?

— J'en suis convaincu.

— Vous n'avez donc pas de moi une trop niauvaise opinion ?

— C'est-à-dire, chère lille, (|ue j'en suis aux

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regrets ne ne pouvoir avoir riionncur de cultiver votre connaissauce.

— Ali! iiiadaincj le bon prêtre! s'écria en sanglotlant 1m pauvre Élise, qui ne put garder plus longtemps le silence.

La bonne lille, qui adorait sa maîtresse, était si lieureuse d'entendre un siint liomme tenir un tel langage, (|ue des larmes d'attendrissement inondaient ses yeux.

Déja/ct elle-même dissimulait avec peine une vive émotion.

— Ma bonne Élise, lui dil-ellc, monsieur ra])])é est un bomme du monde, je lin* ai rendu un léger service, il se croit mon obligé, et c^est |>ar politesse (ju'il s(; montre aussi tolérant.

— Non pas, mon enfant, c'est par sympathie, c'est parce que je lis dans votre physionomie ouverte et franche comme je lirais dans mon bréviaire, et que, depuis une iieure que nous voyageons ensemble, j'y ai déjà découvert de belles

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elbonno- qualités. Ali ! uKulanio, il n'y a point ijuc les artistes qui soient ubservateurs, nous aulrrs prêtres, c'est aussi notre état... l^t tenez je veux vous donner une preuve convaineante de cette sympathie que je ressens pour vous. Dans quelques instants je serai arrivé dans mon petit villajj^e; vous continuerez votre voyage, je suis bien vieux, j'ai quatre-vingt-quatre ans, je n'irai plus à Paris, il n'y a point de théâtre dans mon pays, vous n'y viendrez proljablement point et peut-être en ce monde, ne nous reverronsnous plus jamais... Eh bien, je serais heureux de garder un souvenir de cette agréal)lc rencontre. Si une fois arrivée à Caen, vous vous rappelez encore le vieux curé de R***, eh bien, envoyez-lui un ornement (juelconque pour sa pauvre chapelle.. Vous demanderais-jc une of- Irande pour Dieu, si je vous trouvais indigne de lui faire un don? sollicite-t-on des présents de ceux qui vous inspirent du mé})ris? croyez-vous que je parerais mon autel chéri d'objets qui me "viendraient d'une personne que je rougirais de nommer? Le croyez-vuu^? dit le vieillard en lui tendant paternellement la main.

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DiyazcL la saisil avec ciiiprcssemcnl et la serra sans dire un mol, fant son émotion était

grande.

Élise se moucha très-fort, pour avoir une occasion d'essuyer ses larmes.

— Eh bien! diles, ma chère enfant, m'envcrrez-vous un souvenir?

— Pour votre chapelle?

— Pour ma chapelle.

— Oh ! je n'aurai garde d'y manquer.

— Bien vrai?

— Ma première emplette en arrivant à Caea sera pour vous.

— Vous m'en faites la promesse?

— Je vous en donne ma parole.

— Moi, j\'ii le regret de ne pouvoir rien vous offrir en échange.

— Pardonnez-moi, monsieur le curé, vous pourrez dire demain, au pied de votre autel,

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