CHAPITRE Xlll
— Vous paraissez aussi surpris, reprit-elle, que je ne sais plus (|uel duc (jui me suivit certain soir dans l'église des Petits-Pères, et qui s'écria en me barrant le passage : « — Eli (juoi ! » c'est vous, Déjazot, qui priiez avec cette ier- » veur, agenouillée sur les marches nues de » Tautel... — Ce cher duc ne voulait pas en croire ses yeux ; il courut dire ce qu'il avait vu à tout le faubourg Saint-Germain.
— Ainsi vous allez régulièrement aux offices? s'écria le vieux prêtre émerveillé.
— Ah! permettez, je n'ai point dit cela, je hante les églises et particulièrement l'église des Petits-Pères, pour laquelle je me sens une prédilection toute particulière ; mais je vais dans les temples aux heures où ils sont habituellement déserts.
— Et pourquoi donc?
— Oh ! pour plusieurs raisons...
— Mais lesquelles?
— D'abord, je ne serais nullement flattée
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(le produire sur les lidMes, le même élonnemenl que je produisis sur le duc , je n'aime point à me donner en spectacle danstine église; on j)ourrait croire que je vais à la messe pour me faire remarquer et par hypocrisie, et ce serait un grand ciiagrin pour moi d'apprendre quelque jour qu'on a ridiculisé mes croyances religieuses et mes prières.
— Et que vous importe ce que dirait le monde, si votre conscience, ma chère enfant, vous dit que vous faites hien'^?
— Oui, mais ma conscience me dit qu'il ne faut point heurter de front les préjugés. Or, il est convenu que Déjazct ne croit à rien, et le monde ne reviendra point sur cette conviction.
— n dépend de vous de l'en faire changer.
— Comment cela?
— En lui donnant un formel démenti par vos actions.
— Je vous le répète, on me traiterait de gri- * macièrc, ou bien encore on dirait que quand
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le Diable devient vieux il se fait ermilc ; etpuis, vous Tavouerai-je, je préfère la solitude et Tisolement pour prier. Il me semble qu'alors on est plus avec Dieu. Distraite par nature, mon âme ne peut se recueillir au milieu du bruit et des cliants religieux. Si je suis dans une cbapelle de village, vos chantres avec leurs voix discordantes et rauques m'agacent et m'irritent, et je me surprends à maugréer contre eux, au lieu de songer à Dieu; si je vais à Saint-Roch ou à la Madeleine, les voix vibrantes et argentines des enfants de chœur, les compositions touchantes du maître de chapelle, les accords mélodieux et solennels de l'orgue me charment et m'enivrent; j'oublie le lieu saint oh je suis, j'analyse mentalement les accords, je me rends compte de l'harmonie, je vocalise tout bas, je songe à la musique et je ne songe plus à Dieu. D'ailleurs, ajouta-t-clle, en s'animant par degré, je ne comprends réellement pas qu'on prie à jour et à heure fixe, qu'on dise la prière de tout le monde. Je n'ai jamais pu trouver dans mon eucologe l'expression exacte du besoin qui m'amenait au pied des autels; aussi ai -je