‹ Virginie DejazetChapitre 82 sur 92 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

» ne pouvait se lasser iladmircr le coup d'œil dont ou M jouit (le ce site, qui rappelle lo^ magnifiques points de » vue de la Suisse !

» — Messieurs, nous dit-il, tout ceci est bien beau , mais pour que mon estomac ait aussi cjuclque chose \ -avourer, j'ai demaiulé un consommt'; on m'a servi ' une orange.

» — uii est le calembour, demanda l'un de nous?

» — Nous y voici. Le garçon m'a dit : Monsieur, nous » n'avons pas de bouillon; mais «piand vous aurez mangé » ce fruit, il se trouvera consomme!...

» Le feu venait d'être mis au baiil de poudre. Dès ce » moment, pointes d'e&pril, facéties piquantes et iné- » dites, jeux de mots, calembours , ne furent ai rètés » que par la présence de l'illustre Faubert, qui viutpro- » nonccr 1*^- mots sarramento1<; : — Messieurs; vnn-; rtr s » servis.

» La table était dressée sur le balcon , et en s'asseyanl » à la place qui lui était destinée, Déjazct put lire ces » vers entourés d'ime couronne de lauiiers :

M Pour peindre Dt'-jazet, que ne suis-jc Méry ! » Son talent, du bonheur fait goûter tous les charmes. » Enfin de Richelieu dans les PremitL'res Armes, » Elle nous rappelle Fleuri! »

» DcNinant qu'Arnaud était lautcur de ce quatrain ,

.121 vinr.iMK hi;.iA/i:T.

» clic le remercia par un de ces regards qui parlent du » avur,

r> — Merci, messieurs, nous dil-elle, je n'oublierai ja- » mais la fèleeharniante «juc vous me donnez, ainsi qu'à » Vanderlmrch!...

y> — Et moi donc! s'écria Vanderl)ur(ii, je veux vous » prouver que tanlôl, en admirant ce beau panorama, >» je pensais à vous; j'ai fait un inipronii>tu, que je vais » vous lire: tenez, c'est daté du 1 avril, au CliaUl, près « le château des Aygalades :

• Mcrri, francs Marseillais, merci de votre hommage,

» Kt de votre accueil sans pareil î

» Crands comme votre immense plage,

■ Chauds comme votre biau soleil :

■ De cette artiste inimitable

• Vous UtPZ les succès et le charme vainqueur. ■ Vous connaissez son talent admirable!

• Ab ! si vous connaissiez son cœur!!! >»

>» Des applaudissements tout méridionaux éclatèrent » aprè^ cette brillante improvisation; c'était une véritable » fête de famille.

» Je me garderai bien de faire le menu du ie|)as, ces! » bon pour les dinersde princes. Tauberl est assez connu » pour qu'il soit inutile de le iccommander aux gour- » mandset aux trourmcls.

» Tout à coup h('jnzet s'écria :

ClIAl'lTRF W. 325

)^ — I.rs bcniiv lihis î vous biiviez donc que c'était ma » fleur favorite?

» — Vous nous l'avez dit vous-même au château, ma- » dame, et l'un de nous est venu à l'instant prier Fau- » bert d'en remplir ses vases les plus grands. IVrmettez- » nous, en vousoflrniit une brandie de ce lilas, de lire les » vers que vous nous avez inspirés :

« De Dt'jazet et du printemps

•) Le lilas est la fleur chérie.

>» Quand il parfume la prairie

I) Avec ses panaches flottants,

n On dit sur les monts, dans la plaine :

» Nous respirons la douce haleine

» De Déjazet et du printemps !

» Hélas! lorsque, apK^ le printemps,

» Viennent l'été, l'hiver, l'auloninc,

>» Il reprend les fleurs qu'il nous donne,

» Il craint pour elles les autans !

« Nous le voyons partir sans larmes ;

» Car vous conservez tous vos charmes,

» 0 Déjazet, sœur du printemps!

» Mais à son retour le printemps

» Vous ramène la fleur aimée ;

» Ali î puisso-t-clle, parfumée,

» Vous enivrer cncor longtemps !

» Près de vous, sans 6tre fanée,

» Qu'elle reste toute l'année !

» N'ètes-vous pas sœur du printemps ? «

326 MIHilME DtJAZET.

» l^e dessert clait sorvi. An inilkii de l;i lablc, une place » élail vide ; bienlôt on y déposa sur un i»l;»teau d'argent, » une immense couronne de fleurs, à la(]uelle était atta- » chc un nœud de rubans aux mille couleurs, ti\é par » un médaillon en argent sur lequel étiiient gravés ces » mots : Le Cualet^ 7 àvku. iS'6\. SuLvtMJi.

» Nous étions tous silencieux, émus, innnobiles. Celui » d'entre nous (|ui était placé vis-à-vis de l'héroïne de la » fête se leva, prit la couronne, et cherchant à dominer » rémolion profonde qu'il éprouvait, s'exprima ainsi:

« Par notre amour pour vous, nous sommes tous liés; » Heureux de déposer, en ce beau jour de fête,

» Nos fleurs sur votre tête

» Et nos cœurs à vos pieds I »

» L'actrice inspirée, pleine de gaité, d'à-propos, d'en- » train, avait disparu; nous n'avions Va, devant nous, » qu'une femme dont le cœur déliordait, et qui nous re- » merciait par des gestes mille fois plus expressifs que les » pan»les les plus éloquentes.

» Ajnaud,le bon, l'excellent Arnaud pleuiait de joie et * de l>onlieur. Heureusement (]ue M. Vanderbuich » s'écria:

» — Mais c'est bète d'être ému comme ça ! mais c'est j» affreusement bête de pleurer comme ça!... Voilà que » ça me gagne... Je ne suii pu* venu ici poui* pleurer , » moi !.. allons ! à InÀie '

CHAPITRK XV. 327

» Arnaud, remis do son ciiioUuii, i>oila un toast k Dc- '> jazt't ; il parla avec tout son obpril et tout hou cœur, et » dès «juc nous eûmes vidé nos verres ù celte santé si » chère, il chanta les couplets fiuivanla avec sa verve » méridionale ;

« Chez Déjazct » Les qualités sont infinies.

» Chez Dùjazet, » Leur charme puissent est complet!

» Jamais rien nu les a ternies, » Elles sont toutes rûuûiss,

>» Chez DéjazetI

» Pour Déjazet, n Mol je braverais l'infortune,

• Pour Déjazet, » Moi j'irais traîner lo boulet; » Et je pourrais, sans peine aucune, w Avec mes deuis prendre la lune

u Pour Dc^azct.

» C'est Déjazet, )) Du talent ravissant modèle ,

» C'est Déjazet, » Ce mignon, ce suave objet ; » Comme sa grAce est naturelle !

M Quelle est la jeunesse éternelle?

)» C'est Déjazet. •

328 VllUiliME DIÙJAZET.

1» En ce moinent, M. \c comte do Castollannc, venait » présenter ses hommages à mademoiselle Dcjazct; il » nous félicita de l'idée heureuse que nous avions eue de » donner une fête à la délicieuse artiste; il nous invita » ensuite, avec cette courtoisie chevaleresque, celte noble ï) amabilité qui le distinguent, à venir prendre le punch » au château. M. le comte, voyant son ollre acceptée avec » empressement, se retira en nous disant qu'il allait nous » attendre.

» Je suis heureux de le constater ici, chacun des con- » vies redoubla de verve et de gaieté. Chansons, anecdotes, » couplets de circonstance , chansonnettes , se succé- » daientau milieu des applaudissements; les saillies, les w traits d'esprits se croisaient avec rapidité.

» Enfin, ne pouvant résister à l'élan général, made- » moiselle Ik'jazet, quoique bien fatiguée, chanta, comme » elle seule peut chanter, les couplets des Trois Gamins, ») l'Elogl du vis a ouat' sous! C'était délirant; nous jutt ri(jns tous de renoncer au bordeaux, au bourgogne, au rt champfigne, pour ne boire jamais que du vin à quatre » sous. »

Monsieur A. Cauvin tx;riiiinc le compte rendu (le œtte charmante petite lètc en racontant la ilattcuse réception que M. le comte et M"" la comtesse (le Castellanne firent dans leur château à Déjazx'l. On sait depuis longtemps que M. le

CH.MMTIU-: \V. 320

coinlo (lo Cask'llaune et M"" la comtesse aiment et recherchent les artistes. Le récit de M. Canvin prouve suflisammenl que les Marseillais savent aussi honorer Tobjet de leur admiration.

Le lendemain de cette agréable soirée, Déjazel partit pour Lyon, oii elle était impatiemment attendue.

Page 1