‹ Virginie DejazetChapitre 81 sur 92 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

L'actrico persista , cl ilciiiaiida la ivsilialioii de soiicn^a^ciueiil. Kllc olKiiiLsoiulésislcnii'iil, elle liaiLc du .'^0 mars I8j1 lut rompu. Le succès de la Dame aux Camélias avait tourné la tète à Bouiï'é, il croyait ce succès éternel, et comme il n'avait pas besoin de Dcjazet dans la pièce, il lui avait cherché noise [xmr faire des économies et ne point la payer. Ceci peut s'appeler de Tadresse, mais de la délicatesse? c'est autre chose !

Au reste, ce principe administratif qui consiste à aiguillonner la patience des comédiens pour les forcer à abandonner leurs appointements s'ils veulent reconquérir leur liberté, est un principe fort à la mode aujourd'hui. Mais le but économique de ces querelles injustes est généralement connu mainlenant, et les artistes ne se laissent plus prendre aussi facilement aux pièges grossiers qu'on tend trop souvent encore à leur aveugle vanité.

Déjazet lit donc une nouvelle tournée en province, et ne rentra à Paris que pour quel-

.r>n vin(;iMK dkj a/kt.

(jues mois, pour créer an lliéAln^. des Variétés, le mardi 22 noveiid)re 18i3!^, le rôle de Kaiiraii dans les Trois (Uunins^ comédie en trois actes (le son ami Vanderbnrcli ; puis (dlc; l'epartit avec Tauleur pour Dijon, Nice, Marseille, Lyon, et jtarleui elle fui fêtée avec enlliousiasme, et partout de nouvelles avalanches de Heurs et de vers vinrent choir à ses pieds.

A Marseille on lui donna une fêle splendide au Chalet, près le chàti:au des AY<^alades. M. A. Cauvin, ^'rand admii'aleur du talent de Déjazel. lit mu «'oniple rendu de cetle soii'éc^ ; que Déjazet içaide j)récieusenient, comme on souvenir du 7 avril IS.'Ji.

Voici un extrait de ce compte rendu .

« (ie nT'Lail pas assez pour «iiielnucs amis cliulcu-

» reux, pour quelques adniiraleurs passionnés de rnado w moisclle I)(5j;izct , de deux représenlalions .lu ^;rand » théâtre de Marseille, ils ont voulu la voir de près, » la posséder tout un jour, et à la s<jllicilation du spl- » rituel Arnaud, ami ancien et dévoué, l'aimahle ar- V liste acccpU une invitation au Chalet , fête délicieuse » qui laissera dans nos cœuis un souvenir incfl'açable.

ClHAlMTUi: W. 321

» (Iràcoii rt)l)ligoaiKC (k' M. le coinlo de CaslcUaiK", les )) polies (le son chàleiu nous avaient été ouvertes, et » ii'iiriis dans la belle allée <|iii sert d'avenue auehàleau, » nous attendions notre adorable invitée, tout en causant •^ d'elle. Knlin la voiture arrive, nous sommes-là , ten- » liant nos mains pour recevoir l'irrésistible marquis de » I-auzun, le brillant duc de Richelieu, la séduisante » Colonibinc, le désopilant Gamin, personna^^es divers » réunis tous dans une admirable créature, Déjazel!... » Après elle, descend madame H***, artiste de talent » retirée trop tôt du théâtre, où elle remplissait l'emploi » des Déjazet. Vient ensuite M. Poirier, acteur toujours » plus applaudi et estimé an (lynmase. Nous recevons » dans nos bras notre vieil ami Arnaud, ancien avocat, » si jeune d'esprit et de cœui', toujours enthousiaste des » arts et des grands artistes.

» — Eh bien! s'écrie-t-il, descends-tu^ vieux?

» — Non! dis à ces messieurs, que ma goutte me » r.iligue; j'irai jusqu'au Chalet en voiture, et je vous » attendrai là.

» — Au diable la goutte!.... Tu l'as bien méritée, » pourquoi es-tu le père de tant de gamins?...

» Car, messieurs , voilà Vanderburch , l'auteur du n Gamin de Paris, des Trois Gamins, du Gamin de Paris » à Afjer. Enfin, ainsi que je rap[)elle , le père de tous )) les gamins.

« Après avoir présenté nos compliments à l'écrivain 0 remarquable, nous le quittâmes en lui disant. A bientôt.

322 MHciMi-: ih:.ia/i:t.

» Nous ('lions vraimtMit hcuroux (Tavoir an iiiiluni <li'. M noiisiiiailcnioisellc lU'jazelct M. Vandcrlturcli unis par » unr lunguc et noble aniitii', lii'.^ yiir une glorieuse soy> liiiarilé. Kn ciïet, quelle pièce ne réussirail pas diuis » laquelle un rôle serait joué j>ai" mademoiselle Déjazel w avec tant de verve, de grâce, d'entrain, de charmes, » d'inspiration?... et quel artiste n'aurait pas du succès w dans les vaudevilles si spirituels, dans les rôles si Lril- » lants écrits par M. Vandcrburch?

» Bientôt nous quittions le long rideau d'arbres magni- » Piques de l'alide, et arrivés sur la terrasse du château , » accoudés sur ce haut peiTon, où les roses montent pour » se mettre elks-mêmes dans vos mains, nous admirions » le ravissant tableau qui se déroulait devant nous. Que »> de fleurs, de fraîches eaux, de suaves parfums, de )) dou\ murmures!... Que «l'azur, de lumière! quelle » vallée délicieuse! comme tout se fond avec art!... » Admirez ces collines mollement arrondies, couvertes yt de pins odorants, qui semblent descendre vers la mer, » ce lac étincelant de pierreries et de diamants ! 0 grand » artiste! sous lequel ont étudié Claude Lorrain, Cf)rot yt cl quelques autres sublimes élèves, (jui n'ont jiimais eu w la prétention de faire mieux que la nature! Nous étions » tous changés en points d'admiration; cnhn, la méta- ' » morphose cessant, nous pûmes descendre les escaliers » du jKirron, parcourir et admirer le parterre du chA- » leau ; et, traversant le parc , nous nous rendîmes au » Chalet.

» M. Vandciburch nous attendait avec i»alience, car il

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