‹ Virginie DejazetChapitre 84 sur 92 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

vricrs du génie, et percé de cavités souterraines. Dechacunede ces ouvertures, on voyait apparaître les têtes pâles des travailleurs qui sortaient par intervalles des entrailles de la terre.

C'était là^ à deux pas de la verdure et des fleurs, que gisait, à trente pieds sous le sol, le malheureux ouvrier, et que se poursuivait depuis vingt et un jours sa lente et cruelle agonie. Vingt personnes, tout au plus, entouraient cette fosse béante. Déjazet et son fils étaient du nombre. Il faisait nuit close. Des torches étaient allumées. On parlait à voix basse, comme dans une église ; le bruit des pioches rompait seul le sinistre et solennel silence des assistants.

Le commissaire qui avait autorisé Déjazet à monter alla dire au capitaine Robinet qu'elle était là. On sait que ce fut ce brave officier qui vint au pas de course, avec quinze sapeurs, commencer les travaux et qui les dirigea jusqu'à la fin avec un dévouement infatigable.

Le capitaine" Robinet s'empressa d'accourir

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saluer Ircs-gTacicuscmcnt la célèbre actrice.

— Réussirez-vous à le sauver, capitaine? furent les premières paroles que lui adressa Déjazet.

— Je Tespère toujours, madame ; nous sommes tout près de lui ; mais plus nous approchons, plus je tremble, car tout peut s'ébouler au premier choc.

Le moment suprême étant arrivé, le capitaine Robinet quitta Déjazet pour donner des ordres.

Le signal retentit, toutes les poitrines palpitent d'émotion. Brandaou, un des sapeurs qui travaillaient le plus ardemment, descendit le premier dans le gouffre infect pour prendre dans ses bras le malheureux puisatier ; mais il tombe asphpié. On remporta pour Te secourir.

Déjazet tremblait de tous ses membres.

Le capitaine Robinet fait cesser instantanément tous les travaux, ordonne qu'on apporte

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du vin pour tous les soldats du génie, et tous, soldats et sapeurs, portent un toast à Giraud en levant les bras au ciel !...

Le ciel était étincelant d'étoiles.

On entend la voix de Giraud ! . . .

Le capitaine Robinet assigne à chacun son poste et son rôle. Il choisitquatrc hommes pour porter le puisatier sur un brancard, deux autres pour l'envelopper et le couvrir.

Claude Giraud est enfin hissé hors du puits où il était enseveli depuis vingt et un jours !... A peine est-il sur terre, que les travaux de sauvetage s'écroulent derrière lui... Il voit le ciel, mais une seconde seulement, car on lui bande aussitôt les yeux, on le place sur un lit, on remporte dans un pavillon.

Dans ce pavillon il n'y avait ni linge, ni eau, ni sel, il n'y avait absolument rien de ce qui était indispensable, et les six médecins qui étaient

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auprès du pauvre palient réclamaient à grands cris du liniio pour panser ses blessures.

Ce fui alors que Déjazet, avec cette présence d'esprit qui ne Tabandonne jamais, passa la main sous la basque de son corsage, rompit vivement les rubans qui retenaient sa jupe de percale brodée, la fit tomber à ses pieds, la prit et l'offrit spontanément au médecin.

Le docteur, sans respect pour les valenciennes et les broderies de ce jupon, le déchira sur-le-champ pour en faire des compresses et des bandelettes.

Maintenant, madame, ils nous faudrait de l'eau chaude, trouvez-nous ça vite, dit à Déjazet le médecin en continuant à morceler son jupon.

— De l'eau chaude, de l'eau chaude ! . . . mais, a qui m'adresser pour en avoir?

— Courez chez monsieur Moyne, au bas de la colline; il y a sans doute quelqu'un qui vous servira.

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