‹ Virginie: tragédie en cinq actes et en versChapitre 21 sur 57 · UNE FEMME · texte numérisé non relu

UNE FEMME

Vois-tu tous nos enfans accourir à ta voix ?

Ton nom fut devant eux prononcé tant de fois, Que chacun maintenant brûle de te défendre.

VALÉRIE

Mères, qui me plaignez, c'est à vous de m'entendre. Vous qu'outragent en moi nos tyrans inhumains , Vous dont le sein fécond crut nourrir des Romains, Vous mêlerez vos pleurs à mes larmes amères ; Vous m'accompagnerez ; c'est la cause des mères.

C'est la mienne surtout, et je guide vos pas. . .

O mon Icilius, ne n^bandonne pas...

VALÉRIE

Ma fille, les dieux seuls sont l'appui qui nous reste, Et jusqu'à ton époux , tout nous devient funeste.

(A Iciliiu.)

Oui, je dois refuser ton généreux appui :

Tribun , le déoemvir te poursuit- aujourd'hui ; En toi, trop de vertus ont provoqué sa haine; Tu sais trop bien aimer la liberté romaine; Tu perdrais Virginie au lieu de la sauver:

C'est notre juge enfin que tu viendrais braver. Ma fille, que tes pleurs secondent ma prière, Tu sauras mieux que moi fléchir cette âme altière.

(Alcilins.)

Oui seules, à nos pleurs Appius se rendra; Il nous fera justice.

3o VIRGINIE.

ICILIUS

Il la condamnera.

D une mère qui prie honore la puissance , Et sois déjà son fils par ton obéissance.

Et nul Romain ici n'adopte vos douleurs !

Vous irez au Forum, seules avec des pleurs!

Des femmes et des pleurs contre la tyrannie !

PL AN eus, se présentant.

Plancus au tribunal conduira Virginie :

Acceptez mon secours.

ICILIUS

C'est un pra-icien !

PLANCUS

Que t'importe ! Brutus était-il plébéien ?

J'ai servi sous Brutus; et lorsque la victoire,

En terminant ses jours , éternisa sa gloire,

Avec Titus , Gœson , et deux jeunes guerriers ,

Citoyens comme nous, comme nous chevaliers,

Aux larmes du sénat, au deuil entier de Rome,

Nos bras ensanglantés portèrent ce grand honune.

Je suis patricien, et j'«n €i»ia ^cu>^;i>^,

Puisqu'un patrloien fonda la liberté.

Tribun, plus d'une fois Rome nous rendit grâce.

Qui lui donna jadis les fils du vieil Horace?

Dans quels rangs étaient nés Collatin, Scévola,

L'intrépide Codés, et ce Publicola,

Qui du premier triomphe honora c^ murailles,

Dont le denier public paya les funérailles P

^CTE n, SCÈNE VL 3i

Car les pères de Rome , en toute occasion , Par de grandes vertus soutinrent ce gl'and nom. Si du décemvirat tu hais la tyrannie, Je gémis plus que toi de la voir impunie :

Mais que peut-on enfin reprocher au sénat?

Les décemvirs sont nés de votre tribunat.

Arrête... N*allons pas réveiller nos querelles : On ourdit aujourd'hui des trames criminelles 5 Et pour les déjouer je t'offre mon secours ; Ne perdons point de temps en frivoles discours : Eclairons Appius, protégeons l'innocence, Sauvons la liberté des mains de la licence, Et pour ce noble but, sénateurs, plébéiens, Témoignons qu'avant tout nous sommes citoyens.

VALÉRIE

O cœur vraiiDent romain !

ICILIUS

Plancus , je te confie Ce que j'ai de plus cher, sa liberté , sa vie.

(Après one pause. ) / V

Pevant le décemvir je ne paraîtrai pas. ^

VALÉRIE, à Plancos.

Toi ^ près de notre juç^ at7oo«»]»«»^A nos pas. Vieillard, et qae les dieux rendent à ta famiile Les soins dont ta pitié daigne entourer ma fiUe.

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