‹ Virginie: tragédie en cinq actes et en versChapitre 20 sur 57 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

UN ROMAIN

Ah ! s'il était tribun !

ICILIUS

Tant que Rome est debout, Citoyen ou tribun , je suis Romain surtout ; Et je ne puis souffrir qu'au gré de leurs caprices, Dix hommes, dix tyrans, abrogent les comices. Du temple de'^Vesta chassent les sénateurs, Les rendent tour à tour bourreajux et délateurs, , En place de nos lois nous imposent leurs crimes , '

Par un deuil sacrilège insultent leurs victimes» (Le deuil de Siccius qu'ils ont fait égorger), Qu'ils désolent, ces murs, qu'ils ont fait assiéger. Oui^ pour mieux asservir ce peuple difficile. Cette Rome à leur joug encor trop peu docile, Ils nous ont suscité les Volsques, les Toscans; Leurs cris ont appelé nos guerriers dans les camps. ,Nos guerriers au Forum contenaient leur puissance; Timides devant eux, et forts de Iwir absence , Aussi nos décemvirs, tout à coup triomphans.

Empêchent nos hymens, outragent nos enfans, Contre les citoyens arment leurs lois nouvelles. Et font par des licteurs dëcîcler nos querelles*

UN ROMAIN

Courage, Icilius ! jamais la liberté Dans tes mâles accens ne mit plus de fierté.

VALÉRIE

Oui, vous l'encouragez , vous vantez ses paroles^ Et prodigues pour lui de vos respects frivoles, Yous gardez vos secours à vos paliricîens.

n8 VIRGINIE.

ICILIUS

Peuple, vous le savez, vos titres sont les miens : Mais ces patriciens dont l'orgueil nous opprime, Quel est à nos respects leur premier titre ?... Un crime. J'en atteste celui qui fonda ces remparts, Tyran par leur faiblesse, et dieu. par leurs poignards. Ainsi leur intérêt fut toujours leur justice. Et Ton veut qu'à leurs pieds le peuple s'avilisse ! Le grand peuple de Rome ! . . , O vous qui m'écoutez, Romains , que des licteurs pressent de tous côtés, Peuple libre et superbe, aux jours de vos ancêtres, Qui n avez plus de lois, qui n'avez que des maîtres. Un esclave en silence attend son châtiment :

Mais vous l. . . quand finira cet avilissement ? Souffrez-vous qu'un tyran foule d'un pied parjure Les droits sacrés du peuple et ceux de la nature, Qu'il dispose à son gré de tous vos sentimens , Jusqu'au pied des autels vous dicte vos sermens, Qu'il vous désigne enAn vos épouses?.. . L'infâme! Quand le nom d' Appius seulement les diffame. Non, les dieux vous ont fait un sort plus glorieux, Et vous serez toujours d'accord avec les dieux ; Et vous n'oublîrez pas que Vos mains vengeresses Doivent à vos enfans garatitir leurs promesses.

UN ROMAIN

Oui, nous protégerons la fille d'un soldat (^ui nous l'a confiée en allant au combat.

UN VIEILLARD. / ^'il revient, comme moi, couvert de cicatrices, Est-ce par des af&onts qu'on paîra ses services?

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