ACTE IV, SCÈNE L 5i
A-t-on trop de veitu ? . . .
Lorsqu'elle est mutile, Lorsqu'elle est dangereuse à ceux qu'on veut servir, ^ Et ne promet des biens que pour mieux les ravir. Crois-moi, ne hâtons pas 1^ discordes civiles : ^^ Attendons que le joug lasse les plus serviles. Que tout le peuple enfin se lève en qiéme temps. Mais aujourd'hui cherchons des fait|noins éclatans. Et) vouant nos secours à ma fille cmfe, Sauvons-la sans troubler la paix de la patrie.
ÏCILIUS*
Quelle patrie, ô Ciel ! et quelle paix ! la mort, La honte plus cruelle où ce peuple s'endort.
Mais des tyrans parfois la fureur le réveille. Et maudissant au jour le repos de la veille, L'un réclame ses bien^ , un autre ses enfans, Passés aux décemvirs, dans la paix triomphans.
VIKGINIUS.
Penses-tu qu'Appius, du mensonge complice, D'un infâme client soutienne l'artifice ?
En de si grands périk serait-il emporté Par le seul intérêt d'une vaine fierté?
Nous aurait-il donné des lois, pour les enfreindre? » Ah ! jusqu'à cet excès je ne sais pas le craindre; \ Et s'il osait sur nous tenter un tel affront, U l'oserait en vain. . . les Romains m'entendront : Tirai , j'attesterai mon nom et mes services; Je montr^ai mon sein couvert de cicatrices; Ce glaive^ c^e armure où mon sang est mêlé
Au sang de plus d'un Volsque à Fidène immolé,
Et mes cris, pe'nétrant les âmes généreuses,
Iront y réveiller des pitiés courageuses.
Mais par un attentat prévenir un forfait ,
Punir, sur un soupçon, le mal qui n'est point fait,
Poursuivre dans le sang la perte d un seul homme,
Non... les Dieux veilleront sur ma fille et sur Rome.
IGILIUS.
Chacun sur ses foyers doit veiller au besoin^ Les Dieux, en nous armant, nous ont légué ce soin. Et nous devons sauver Rome qui nous contemple, Vivans, par notre glaive, ou morts, par notre exemple. Oui, ton cœur vainement répugne à ce moyen ; Tu n'auras dès ce soir de parti que le mien.
Je te connais, je sais que si ta Virginie D'un insolent arrêt subit l'ignominie, Du sang des décemvirs tu n'auras pas horreur, Qu'il n'en est pas enfin qu'épargne ta fureur. Eh bien ! si jusques-là l'outrage doit s'étendre , Qu'il nous trouve dit moins disposés à l'attendre. Tai de^ amis encor ; je le crois , je saurai Afifermir au péril leur cœur mal assuré. J'y cours j ce n'est pas toi sieulement qu'on offense; / L'époux de Virginie a droit à sa défense.
Je saurai l'entreprendre, et, si je suis vaincu, Mourir en vrai Romain , ainsi que j'ai vécu.
VIRGINIUS, le retenant.
Eh! crois-tu donc, s'il faut que le glaive en décide. Qu'un soldat ait besoin d'un tribun qui le guide ? Et ce bras que Fidène a pris soin d'occuper.