‹ Virginie: tragédie en cinq actes et en versChapitre 42 sur 57 · ACTE IV, SCÈNE V. 6i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V. 6i

N'ont jamais dans leurs vœux montré tant de faiblesse^ Oui, j'aime Virginie, et tu ne peux penser Qu après un tel aveu je veuille y renoncer.

Et (ju*ayant abaissé mon orgueil jusqu'à feindre, Vous ayez quelque loi que je ne puisse enfreindre. J'aime^ et tout est possible à mon cœur éperdu : Virginius déjà doit m avoir entendu; Il connaît son devoir, s il connaît ma puissance : Celui de tout Romain est dans l'obéissance*

Dieux! moQ cœur qui s'indigne aux discours qu'il entend Doute s'il ne faut pas t'immoler à l'instant !... Et SI Rome...

APPIUS

Insensé ! que parles-tu de Rome!

lia Rome que tu sers est toute en un seul homme; En moi seul... Tu le sais... et tu m'oses braver ! Mai'che avec ma fortune , au lieu de l'entraver. A de frivoles droits cesse enfin de prétendre. Et choisis des patrons qui puissent te défendre. Je sais tout ce qu'on doit au brave plébéien Qui porte à la bataille un cœur comme le tien ; Mais ta gloire et ton nom, et ta valeur absente Garderont mal ici ta famille impuissante.

Sans cUent , sans patron, où sera son recours? Assure à sa faiblesse un utile secours; Et lorsque la patrie au combat te rappelle.

Que les tiens, dans ces murs, restent sous ma tutelle. Mon appui leur vaut bien celui d'Icilius.

Tout respecte au Forum les cliens d'Appius.

^eurs projets^ leurs hymens marchent libres d'entraves, Et leurs filles jamais ny craignent d'être esdaves.

viRGmivs.

Mais leurs pères le sont; mais tout bon citoyen Se protégée lui-méniey et ne redoute rieti.

Sommes^nous donc réduits à tant d'ignominie ! n nous faut des patrons contre la tyrannie; Et les lois, et les I^eux, et les foyers sacrés^ Ne sont plus aux Romains des garans assurés ! Malheureux ! Ainsi donc nos filles et nos femmes Ne seraient à couyert qu'en tes palais infâmes! Et les Romains au loin jie verseraient leur sang Que pour rendre en ces murs le crime tout-puissant! Non : nos soldats vainqueurs rentreront pour l'abattre : On sont les ennemis, c'est là qu'il faut combattre. Et Yolsques et Toscanâ n'ont ni peuple ni roi Qui soit plus ennemi qu'un Romain tel que toi.

APPIUS

Cesse; et craignant l'arrêt que ma bouche prononce...

viRGiNitrs.

J'ai soufiFert tes discours^ soufifre aussi ma réponse» Virginie est à moi : juge, ordonne à ton gré; Souviens-toi seulement que je la défendrai , Et que Rome apprendra de la bouche d'un père De tes lâches amours l'impudique mystère; Juge];a si le crime est dans tes nouveaux droits , Et si nous te devons nos£lles h ton choix,

APPIUS

Puisqu'il le faut, enfin apprendra me connaître : Jeune et fier de mon nom, et trop puissant peut-être,

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