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ces lignes de lui, drdles et touchantes; il les a écrites pour l'un de ses recueils, les Cent vues du Fuji : « Depuis l'âge de six ans, j'avais la manie de dessiner la forme des objets. Vers l'âge de cinquante ans, j'avais publié une infinité de dessins. Mais tout ce que j'ai produit avant l'âge de soixantenjix ans ne vaut pas la peine d'être compté. C'est à l'âge de soixante-treize ans que j'ai compris â peu près la structure et la nature vraie des animaux, des herbes, des arbres, des oiseaux, des poissons et des insectes. Par conséquent,..» Et celte logique est admirable... a Par conséquent, à l'âge de quatre-vingts ans, j'aurai fait encore plus de progrès ; à quatre-vingt-dix, je pénétrerai le mystère des choses; à cent, je serai décidément parvenu à un degré de merveilles; et, quand j'aurai cent dix ans, chez moi, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant... o N'estce pas délicieux? Et avec quelle gaieté pensive, quelle mélancolie souriante , quel doux orgueil I . .
Sa seconde femme lui avait donné un fils, et puis Ohé, qui devint son Antigone.
Comme son père — et mieux que lui, affirmait-tl, — Ohé sut peindre. Elle prit, pour ■ nom de pinceau > , Oï. Elle emprunta ce pseudonyme à une chanson qu'elle chantait pour appeler son père : • Oï, oï, oyadji dono. n Cela veut dire : Venez, venez, monsieur mon père, «
Elle se maria. Elle épousa le peintre Minamîçaoua, qui avait, lui, pour nom de pinceau.
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Tômé. Seulement, vive de nature, elle désobéit à sa belle-mère, aventure que les Japonais veulent bien considérer comme un crime. En outre, elle eut plus de talent que son mari. Et, pour ces deux raisons, Tômé renvoya ta 611e d'Hokusaï.
Elle déclara :
— Pourvu que j'aie un pinceau, je trouverai de quoi me nourrir et m'babiller.
Elle rentra chez son père et elle ne le quitta plus. Le vieil Hokusaï et la petite Ohé souffrirent du froid, de la faim. Un incendie les chassa de chez eux. Ils voyagèrent, en vagabonds, par les provinces .
Les voici tous les deux, tels à peu près que leur biographe, M. Michel Revon, les représente dans une de leurs habitations de hasard. Une chambre ; au milieu de la chambre, un petit brasier de charbon. Le dos à ce peu de chaleur, une couverture de lit sur les épaules, le vieil Hokusaï, penché, travaille dans le désordre des larges feuilles sèches qui ont servi à envelopper les portions de riz ou de poisson du repas. Auprès de lui. Ohé travaille aussi. Elle n'est pas très jolie, mais elle a l'air très bon. Dans une ancienne boite à oranges, il y a une statuette deNîlchirenn, patron de la secte bouddhique à laquelle appartiennent Hokusaï et sa fille. A la porte, un écriteau indique que ce peintre ne fait pas les éventails ni les modèles d'élèves.
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Ohé peint; elle réussit à merveille les gracieuses figures de femmes.
Un jour, un homme pieux vint lui commander une lanterne qu'il voulait offrir au temple d'inari. Elle peignit sur la soie un petit chat jouant auprès d'un cerisier fleuri : cela seulement. Et ce fut si charmant que le donateur ne put se séparer d'un tel chef-d'œuvre : il le garda, pour s'amuser à le voir sans cesse. Et il porta au temple d'inari un présent moins délicieux : il comptait sur l'indulgence divine ; et, s'il eut tort, il ne le sut pas.
Ohé, plus tard, imagina de sculpter des poupées minuscules, des késhininniô, u poupées graines de pavot * , et des maméninniô, « poupées petits-pois » . Elle y gagna de l'argent. Et puis, elle inventa un savant breuvage où entre la feuille du fkouré, une plante qui n'existe pas au Japon. Ensuite, elle s'occupa de magie.
Hokusaï, l'année qui précéda sa mort, composa un petit volume ■> pour apprendre, aux enfants qui aiment à dessiner, la manière facile de colorier n . Et il mit le petit volume à bon marché, ■ dans l'espoir que tout le monde pourrait l'acheter, et pour donner à la jeunesse l'expérience de ses quatre-vingt-huit ans » .
Il disait, quant à lui :
— Si le ciel m'accordait encore cinq ans de vie, je pourrais devenir un vrai grand peintre!...
Mais, comme il était au bout de son âge, il
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tâchait d'enseigner aux jeunes son laborieux et long usage, afin qu'un jour, par d'autres après lui, fût peinte dignement l'exacte image de la nature et qu'au moins Mt noté, selon la vérité, le vol du cygne sauvage.
Quand il fut tout près de mourir, il écrivit une petite poésie d'adieu à la vie. Il disait : o Oh ! la liberté, la belle liberté, lorsqu'on va ae promener aux champs de l'été, l'àme seule, dégagée de son corps... u
Le dix-huitième jout du quatrième mois d« la deuxième année de Kaé, — 10 mai 1849, diâon^ le, — Hokusaï, qui accomplissait sa quatrevingt-dixième année, mourut. On le mît, accroupi, dans une boite de sapin et on le conduisit au monastère de Sékiôdji. Sur sa tombe, il avait commandé qu'on inscrivit ces tnots : Gwakiôjen Manjino Uaha, tombe de Manji, vieillard fou de dessin.
Ohé tomba dans une grande mélancolie. Puis elle se mit à voyager, alla en différents lieux vailles amis et les disciples d'Hokusaï et cii&n quitta Eddo, qui ne lui était plus un séjour possible. On la vit partif, emportant seulement un pinceau dans un pli de sa robe de deuil. Et on ne la revit plus jamais.
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