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redoutable que, pour entendre ce discours, ils ordonnèrent le huis clos. Il est vrai que, peu de jourg après, Dupin fil imprimer son discours et le mit en vente. Aussi Rochefort écrivait-il dans le Figaro du 16 juillet : « Le mot huis clos n'a évidemment pas an Sénat la même signification qu'ailleurs. ■
Le chaste Moniteur n'avait pas publié le discours de Dupin a!né. Or, devant les graves sénateurs, assemblés et enfermés, Dupin s'écria : B Messieurs les sénateurs, on parle de courtisanes qui s'étalent dans les lieux publics. Oui, telle sera dans un équipage brillant, capable d'attirer les regards. Mais, que fait la grande société? Elle regarde, elle prend modèle; et ce sont ces demoiselles qui donnent les modes, même aux dames du monde : ce sont elles qu'on copie. Voilà l'exemple que donne la haute société. »
— C'est vrai! c'est vrai!.,, s'écrièrent, dit la brochure, plusieurs sénateurs.
Encouragé par cet assentiment, Dupin continua, flétrissant ■ l'exagération du luxe ■ et « l'excès des toilettes n , qui, assure-l-il, «jette tout le monde hors de ses voies » . Il affirma que maintes fortunes, chaque hiver, tombaient ■ en atermoiements et en liquidation » .
Il fut énergique. D'ailleurs, il avait de l'esprit : ■ Cela (l'exagération d'un luxe effréné) descend dans les classes inférieures par imitation. Chacune veut avoir la même toilette que les autres. La
Fontaine, dans une de ses fables, se moque de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf. Mais, avec les modes d'aujourd'hui, la grenouille y parviendrait. Il sufBrait à cette pécore d'ajuster autour de sa taille ces dimensions élastiques qui la feraient aussi grosse que te modèle qu'elle veut atteindre, n Ce n'est pas mal. La phrase est un peu lourde; mais enfin, le trait s'en dégage, et part.
Dupin continua : <■ Quand on va ou qu'on doit aller à une fête, qu'on veut y faire quelque figure et qu'on n'a pas de quoi, l'amour-propre l'emporte. On répugne à le dire au mari. La caisse conjugale est vide. On s'habille à crédit, on signe des billets, des lettres de change. . . pour lesquelles on cherche des endosseurs et dont l'échéance est toujours iatale à la vertu!... »
Tel fut le langage de ce rude Gaton. Et, s'il nous fait sourire, ce n'est peut-être pas un très bon signe : peut-être son langage nous semblet-it démesuré, le tort qu'il signale anodin, pai1;e que nous avons dépassé les excès de 1865. Pourtant, les vertueux ennemis de l'Empire, que le luxe effréné de l'Empire indignait, nous promettaient une république simple et, à leur exemple, vertueuse. Hais quoi! ils nous eo ont promis bien d'autres!...
Pour remédier au condamnable état de choses qu'il avait éloquemment dénoncé, que proposait Dupin?... Des lois somptuairesî... Non. Qu'eit'
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ce qu'il proposait?... Rien. Il était un moraliste sage : un moraliste sage est éloquent et puis laissa les gens tranquilles.
Tout au plus, à la péroraison, Dupin aine,
— mais timidement, et sans garder dans le conseil la véhémence qu'on a dans la critique, — se permettait-il d'énoncer un vœu. Nous avons, remarquait-il, des sociétés de tempérance : pourquoi les mères de famille ne formeraient-elles
— les mères de famille les plus raisonnables — une société du genre que voici? Elles ne renonceraient pas au monde; et même, elles conserveraient le luxe qui convient à la fortune. Mais elles jureraient de retrancher de leur toilette, et de la toilette de leurs filles, le » superflu « .
Le superflu, c'est un peu vague. Et Dupin ne précisait pas davantage. Il souhaitait seulement qu'on vînt à quelque simplicité. N'y allaiton pas, quand apparut, vers la 6n de l'Empire, Sainte-Mousseline? Mais alors, il était trop tard : l£mpire touchait à la catastrophe.
Je ne suis pas un moraliste; et je ne sais pas ce qu'il y avait de juste, ou non, dans les réclamations de Dupin. Je ne veux pas conclure avec sa rudesse.
Le B luxe effréné de l'Empire « eut de la
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beauté, de la grâce et une allégresse poignante. Et puis cette gaieté eut son échéance, terrible, et qu'elle a durement payée, et qu'elle n'était pas seule, sans doute, à mériter, si elle la mérita.
L'éloignemeDt du temps favorise un juste regard. A la distance où nous sommes de la fête impériale, aujourd'hui, nous la voyons avec un sentiment de poésie, de curiosité amicale et de tristesse émerveillée.
A la lumière des bougies passent, vont et viennent de charmantes femmes et des hommes spirituels. Les uniformes d'Italie et de Crimée frôlent les robes à crinolines. Les épaules nues sont blanches. -Les diamants scintillent. Et les orchestres répandent une musique de naguère, — une musique qu'on n'entend pas, — et ce sont des ombres qui dansent. Les éventails battent, dans le silence de cette vision.
Nous imaginons, aux lèvres de ces fantômes, un imprudent sourire, qui nous étonne; un sourire sans inquiétude, qui nous effraye pour eux. Et nous allons, à chaque instant, leur dire : a Prenez garde!.,. »
Uais ils dansent, et ils ne devinent pas.
Ce sont des fantômes récents, des fentômes d'hier; ce sont à peine des fantômes. Et plus d'un continue de vivre parmi nous, n'ayant laissé, au bal des ombres, que son image. Et ces fantômes nous sont chers, d'une tendresse toute proche.
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I. JicguELiHB Piicii.. — Il y a, au ^njet de Jacqueline Pascal, iiae excellente élude de M. Victor GirauJ, dans son Biaise Pascal, études ifkisloire morale (Paris, Hachette, 1910). Voir aussi l'édition (déSnitive) de Pascal, que publie, dans la collecUnn dite • Les grands écrivains de la France > (Paris, Hachette), M. Léon Brunschvicg, aven la collaboration de M. Pierre Boutroux : sii tomes ont paru, trois aiilres sont annoncés. Voir uussi Pascal et son temps, par M. Fortunat Sti'owski (Paris, Pion 1910), et un très délicat chapitre, • l'enbnce de Pascal • , dans fAine des enfants, des pays et des saints, par Mme Lucie Félix-Faore Goyau, (Paris, Perrin, 1912).
II. MiDBuoisELLB DR BoiMNEz. — Daus seg MétanijCs de littérature et tfhistoire (Paris, Colin, 1906), M. A. Gaiier a donné une monographie de Mlle de Roannez. Il a, en outre, publié (Paris, Pion,) lex précieux Mémoires de Gode, froi Bermant, docteur de Sorbonne, chanoine de Beauvais, ancien recteur de t Université, sur {"histoire ecclésiastique du dix-septième siècle (1 630-1663), cin<] Tolumes.
III. MiDUHOiSELLE Maodeioic. — L'étudc du coDite Marc dc Geroiiny a paru dans le Correspondant du S5 août 191S.
IV. La comtesse dz Saihan. — La Correspondance tnédite de la comtesse de Sabran et du chevalier de Bouf-
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376 VlvSAGES DE FEMMES
fiers (177S-I788) a été publiée par HM. E. de Hagnieu et Henri Piat (Paris, Pion, 1855). M. Paul Bontiefon a publié le Journal du chevalier de Boufflers au Sénégal (Paiiï, édition de la Revue bleue, 1905). Voir auiai : Pierre <ie Croze, la Comtesse de Sabran [Paris, Calniann-Lévy); et les livre» de M. Gaston Maugra», la Cour de Lunéville au dix-huiliéme siècle, les Dernières années de la cour de Lunéville, la Marquise de Bouffters et son fils le chevalier de Boufflers (Pari», Pion). Et voir enfin le très intéressant article (ju'a publié, dans la Revue de Paris du 15 juin Iftlt, M. Fernand Baldentperger, lur l'émigration du chevalier de Boufflei-s.
V. Ldgils ob CuiTBtDBiiuHD. — Le» documents refatib a M. de Caud ont été découverts par H. F. Saulnier et publié» par lui, soui ce titre : • Lucile de Chateaubriand et M. de Caud ■>, dans la Revue hlsloriifue de (Ouest, Nantes, IS85. Voir aussi la notice de M. Anatole France et les OEuvresde Lucilede CAafea»6riani^, publiées parM. Louis Thomu (Paris, Société des Trente, Messein, éditeur, 19IS).
VI, Muw OB StiKl bt de BBiCMOKT. — J'ai tracé un premier portrait de Mme de Beaumont dan= Trois amies de
Chateaubriand (Piiit, Pagquelle, 1910). Il y a, dans cette esquisse, plus d'une erreur, que Je corrigerai dans une nouvelle édition de ce volume.
VII. Babel. — M. Jean-Edouard Spenlé, qui est un érndit très remarquable et un écrivain subtil, a consacré tout un excellenl volume à Rahel, Mme Varnhagert von Ense, • histoire d'un salon ronianlique en Allfntagne • (Paris, tlachelte, 19(0). El, dans la Revue des Deux Mondes du 1" juin 1911, M. liossert a résumé très agréablement le travail de M. Spenlé.
VIII. MiRcBLiNE DesioM)B3-Vil»o>ik. — Voir le livre charmant de M. Jacques Bouleuffcr, Marceline Desbordes-Vaimon, ftaprês ses papiers inédits (Paris, Fayard, s. d.J.
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IX. Oui, — Cf. Michel Bevon, Hoksaï (Paris, Société française d'imprimerie et de librairie, 1B9B), et une gracieuse petite ëtude qu'en a tirée Mme Gabrielle Miraben, «OUÏ ce titre : • Une Antigone japonaise • , Revue du moU du 10 août 1909. Voir aussi un lr«s bel <u-ticle, «ur Hokusat, par M. Louis Aubert, dans la Revue de Paris du 15 ftnier
X. Adèu. — Dans la Nouvelle Revue du l- mai lOiS, Mme Marie-Charlatte Croze a consacré à Mélanie Waldor un article qu'elle a composé avec les Mémoires do Duma* et les documents publiés par H. Henrjr Lecomte dan« ion Elude sur Alexandre Dumas et par H. Glinel dans son Dumas.
XI. Adèlb ScBOPHUBiDE*. — L'articls de Mme Kelly Melin a paTu dani le Mercure de France du 10 juillet
XII. HiBiB DB là MoiTOKNiiB. — Voir le grot et précieux volume de M. l'abbé E. Fleury, Rippofyte de La Morvonnais, sa vie, ses œuvres, ses idées, • étnde sur le romantisme en Bretagne, d'apr6« des document! inédits > (Paris, Champion, 1911).
Xllt. EooBHiB DR GtiiniH. — Voir Vn Cahier inédit du journal dEugénie de Guérin, publié par le comte de Colleville (Paris, édition du Mercure de France, 1911).
XIV. La Mode sous le deuxième Empire,— Lesdétaili relalifis a la comédie de Commerion, Clairville et Cordier, les Binettes contemporaines, et k tout ce théâtre du deuxième Empire, je les emprunte* In charmante Petite HiS' toire de la revue de fin d'année, de M. Robert Di'eyfiil (Paris, Fa».|.ielle, 1910); voir aussi Vn Anglais à Paris, • notes et souvenir* •, traduits de l'anglais par J. Hercé, (Paris, Pion, s. d.).
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Depuis qu'a paru la première édition du préaent volume, le tome III de la Correspondance générale de Chateatibrùmd a été publié, par M. Louis Thomas, à la librairie Champion. Il apporte de nouveaux renaeignements, incomplet* encore et cependant précieux, «ur la mort de Lucite de Chateaubriand.
L'auteur des Mémoires d outre-tombe a beaucoup parlé de la KBDT ëuigmatique. Tantôt, ce qu'il dit révèle une nature étrange et dan* le secret de laquelle on a peine à entrer. Tantôt, ce qu'il dît manque tout a fait de précision, et l'on soupçonne qu'il laisse à dessein des voiles sur la vérité; parfois mérae, il altère ta vérité, semble-t-il, i-ésolument. C'est au sujet de la mort de Lucile que l'inexactitude est le plus évidente. Le récit de cette mort se trouve, dans l'édition originale des Mémoires, au tome V. Chateaubriand l'a écrit en 1839, trente-cinq années après l'événement; et ce long espace suffit à expliquer diver) oublis et des erreurs. Hais il ne s'agit pis senlement d'erreurs, on le verra. Prexque tous les détails de ce récit sont faux.
La lettre de Joseph Joubei-t à son ami Mole, que j'ai citée, donne à penser que, contrairement aux dires de Chateaubriand, Mme de Chateaubriand, au mois de novembre 1804, n'était pas malade ou qu'elle n'était pas assez malade pour que Chateaubriand ne pftl aller à Paris. Joubert invile îles amii : il ne les inviterait pas s'il y avait une malade dans la maison. Il dit à Mole : • Venez aussitôt que vous le pourrez... Arrivez donc, arrivez vile. Je tous verrais volontiers
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tout «eu!, mai» je vous verrai sans peine mélë a celte société. ■ Il ajoute : • M. Guéneau doit nous venir d'ici a deux jours; je ne sçai s'il s'arrêtera; je le désire pour honorer son beau c6lé des soins de l'hospitalité. ■ Malade quelques jours plus lat, Mme de Chateaubriand était guérie le 18 norerabreT Mais alors, cinq ou six jours plus tôt, elle ne devait pas être • dangereusement malade • ; elle ne devait pas être dans on • état përilletii ■ . En tout cas, il est inexact que, pour renti'er à Paris, Chateaubriand n'ait attendu que la fin des •souffrances! de sa femme. Sa femme est guérie ; et il reste à Villenenve.
Ce simple fait nous engage à mettre en doute le récit de Chtleaubriand. Mais nous n'allons plus nous contenter de le mettre en doute : il nous faudra le démentir.
Chateaubriand dit qu'il n'avait à Paris, au moment de la mort de Lucile, aucun parent. Or, il avait à Paris sa sœur, Mme de Marigny. Et il le savait; et il correspondait avec elle.
Les lettres de Chateaubriand à Mme de Marigny étaient inédites jusqu'à présent. Elles appartiennent au comte de Durfbrt, qui les conserve au château, de Combourg et qui les a communiquées au regretté Honore Champion. Or, le 13 novembre ISOft, Chateaubriand, de Villeneuve, écrit à Mme de Marigny, laquelle est à Paris, boulevard Bonne~Nouvelle t • Je gémis comme toi, chère amie, et d'autant plus que je n'ai pas eu comme toi le triste plaisir de rendre les derniers devoirs de l'amitié à notre malheurense soeur; tout pénibles qu'ils sont, ils consolent; pour moi, je ne me consolerai de ma vie. Reçois tout mes remerciements, toutes mes tendresses [quelques mots illisibles], que je voudrais au prix de mon sang avoir partagées... • Donc, Chateaubriand reçut, dès la mort de Lucile, une lellre de sa soeur Marigny, et il est impossible qu'il n'ait pas connu par elle toutes les circonstances de celle mort.
Dans sa lettre du 13 novembre il demande à sa sœur de lui rendre un service. Lucile avait • une foule de papiers
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38rt VISAGES DE FEMMES
inutile! qu'elle écrirait le matin et qu'elle ne brûlait pas toujours le aoir > ; elle possédait aussi un portrait de Mme de Farcy. • Voudrais-tu me donner tout cela et le poi-trait de notre chère I.ucile, s'il se trouve, à moins que tu ne le voulauei pour toi-méineT • Chateaubriand ajoute -- • Mon vieux Saint' Germain ira chei toi prendre l'adresse du médecin on Lncile est morte, il se fera conduire au cimetière et montrer la fosse aSn qu'on la reconvre et que je fasse mettre une pierre dessus en arrivant à Paris... • Renseignement nouveau : Lncile est morte chez un médecin j elle est morte dans une maison de santé. Assurément son étrange neurasthénie était devenue folie caractérisée. Et Saint- Germain, contre le dire des Mémoires d'oulre-lombe, n'était plus auprès d'elle : Saint-Germain ne savait pas l'adresse du médecin; il ne savait ni le cimetière ni la fosse. D'ailleurs, peut- Être Saint- Germain mourut- il sur ces entrefaites. L'adresse du médecin, le nom du cimetière et l'emplacement de la fosse : tout cela. Chateaubriand pouvait encore l'apprendre par Mme de Marigny. D'autre part, comment se fait-il que Mme de Marigny, laquelle rendit à ta malheureuse soeur les derniers devoirs de l'amitié, n'ai! point ellemême donné des ordres pour que la fosse f&t • recouverte • et pour qu'on y posât nne pierre?
Comme dans ses Mémoires, Chateaubriand dit, dans sa lettre du 13 novembre, que sa femme est • très malade > . Seulement il ajoute : u et cela pourra achever de la mettre au ht > . Donc, cette fiimme • très malade • n'est pourtant pas alitée. Il ajoute : ■ Je ne sais quand je pourrai me rendre à Paris i si rien ne me contrarie, ce sera à peu près dans (rois semaines ou un mois... • On le voit, ou bien on le sent, la maladie de Mme de Chateaubriand n'est qu'un prétexte; et, pour quelque raison, Chateaubriand ne veut point aller à Paris incontinent.
La vérité est qu'il y eut des difficultés de Emilie, des froissements, des affaires d'argent. Le détail en est assez énigiualique. Mme de Chàteaubourg, l'une des «ceurs de
Lucile, était naturellement l'un des héritiers. Chateaubriand écrit, le 13 novembre, à Mme de Marigny : • Il serait juste que Mme de Chateaubourg, qui va Jouir d'un bien si fecilenient acquis, contribuai à honorer la mémoire de notre chère Lucile. D'ailleurs, Lucile n'était point domiciliée à Paris; ce serait à Boulogne qu'il faudrait mettre les scellés et où et sur quoi? Weat-ce pas Mme de Chafeaubourg qui a tort? Pour moi, tu peux le lui mander, je déclare que, comme héritier, je me refuse à prendre la succession aous bénéfice d'inventaire. Je ne veui pas faire cet affront à la mémoire de ma chère Lucile ^ j'accepte tout ce qui m'en reviendrait, purement et simplement, voulant courir tous les risques de dettes, s'il s'en trouvait... » Ainsi Lucile est morte dans une maison de santé, à Boulogne, près de Paris. Elle laissait huit ou neuf cents livres de dettes; plus exactement, il est probable que ces huit ou neuf cents livres étaient ce qu'il fallait payer au médecin. Chateaubriand, Mme de Marignf et aussi M. de Tocqueville (allié à la Emilie par son mariage avec l'une des filles du président Rosanbo, dont une autre fille avait jadis épousé )e frère afné de Chateaubriand) se déclaraient tout prêts à faire ce payement. Mme de Cbâteauhourg s'y retusait provisoirement, ne voulait accepter la succession que sous bénéfice d'inventaire et, méfiante, réclamait une apposition de scellés.
Et le fond de cette histoire douloureuse, c'est que Chateaubriand devait 10 000 francs à Lucile.
Que Lucile ait prêté à son frère ces 10 000 francs, il n'y a point à le reprocher au trère. Mais on peut s'étonner alors que, dans les Mémoires dmitre-tombe, d insiste si complaisatnment sur la pauvreté de Lucile et sur les ingénieux services qu'il lui rendait : ■> Elle n'avait rien ; je lui avais choisi un appartement rue Caumartiu, en la trompant sur te pni de la location et sur les arrangements que je lui fis prendre avec un restaurateur... > Plus loin : • Je via le bonhomme Saint-Germain ; je lui donnai des ordres et de l'argent ponr qu'il baissât secrètement les prix de toutes les
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cho«ea dont elle pourrait avoir besoin... • Et, avec tout cela, ii lui devait 10 000 Eranc». Le 88 novembre, quinze jours a|n-ès la letli-e que je viens d'analyser, il écrit dereclief à Mme de Marigny, laquelle semble un peu eOàrëe : • De quoi g'agil-ilt D'une somme de 10000 Francs que Mme de Caud a cautionnée pour rnoi...« Mais il payera!... Inutile de ■ mettre la justice là-dedans • , de poser les scellés sur • trois guenilles >... Les 10 000 fi'ancs, Lucile, pour les pi'éter a son frère, les avait empruntés à M. de Morrand (la lecture du nom reste incertaine). Si M. de Morrand réclame cette somme, et • si les autres héritiers refusent de lâire honneur a la mémoire de Lucile -, eh 1 bien, • jamais je ne nierai une dette ni ne refuserai de la payer* .
Sans doute! Mais, à celte époque de sa vie, ayant quitte la légation de Rome et refusé la légation du Valais, il n'avait pas le «ou. Il aurait à rendre les 10 000 francs; il aurait à s'acquitter, auprès de .Mme de Harigny, d'une partie de ce qu'elle avait déboursé à l'occasion de la mort de Lucile. Bref, il ne se hâtait point de retourner a Paria, où de si dur* tracas l'attendaient. Il dut cependant y passer quelques jours au mois de décembre; et il y rentra décidément au mois de janvier 1805.
Qu'advint-il de tout cela, et de la dette et aussi de ta querelle de famille? Je n'en sais rien. Il est impossible, de toutes manières, que Chateaubriand n'ait pas appris par Mme de Marigny la place où Lucile était enterrée. Toul ce qu'il raconte i ce propos est invention manifeste. Et, si Lucile n'eut pas une tombe décente, ne croît-on pas deviner que c'est le résultat de ces bisbilles auxquelles les 10 000 francs prêtés à Chateaubriand par Lucile donnèrent lieuî
Cmelle aventure ! Chateaubriand se console et nous invite à nous consoler, en écrivant i • Puisque le ciel l'a voulu, que Lucile soit à jtimais perdue! Je trouve dans cette absence de lieu une distinction d'avec les sépultures de mes autres amis... • Quel liouiiuet... Et, cette cruelle aventura
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