PEINTRE DE PORTRAITS
n dur métier, n'est-ce pas, cher ami, que le métier de peintre de portraits?
J'en sais quelque chose, pour avoir assisté dix fois, dans votre atelier, à des scènes dont votre amour-propre d'artiste devait se hâter de rire, de peur d'être obligé d'en pleurer.
Ils arrivaient là, par caravanes prudhommesques, les parents, les amis, voire même les simules connaissances.
VI Préface.
Et chacun de risquer ses remarques bêtes ou ses commentaires hargneux.
Celui-ci trouvant le ne{ trop long, celui-là trop court. Celle-ci se plaignant de la largeur du front, celle-là de son étroitesse.
Puis, par là-dessus, la coquetterie des modèles en perpétuelle insurrection, la jalousie des confrères en perpétuel dénigrement. Ah! la rude façon de gagner son nom et sa vie! Et combien souvent je vous entendis envoyer au diable palette et clients, en maudissant le jour où vous vous étie:{ livré à la reproduction de vos contemporaines et de vos contemporains.
Voici pourtant — c'est toujours ainsi que sert V expérience — voici que, moi aussi, je me fais portraitiste. Voici que je tâte — imprudent et averti — delà ressemblance garantie et de l'air de famille.
Que voule:{-vous! V attraction du péril.
Sans compter que c'est si amusant de jouer à la poupée avec des vivants et des vivantes.
A ceux qui, d'aventure, me viendraient poursuivre de leurs doléances., vous me permettriez défaire la réponse que vous adressiez un jour
Préface. vu
en ma présence à une dame qui se lamentait parce que vous navie^ pas donné à ses cinquante automnes l'aspect de vingt- cinq printemps.
Je leur dirais :
— Je vous peins comme je vous vois, cherche:{-en un autre pour vous peindre comme vous vous voye\.
Sur quoi, mon cher ami, je vous serre la main entre deux pinceaux.