M. HENRI MARTIN
RAND, mince, relié dans une redin- • gote boutonnée au hasard de la toilette, le col emprisonné dans une de ces vastes cravates noires qui datent de Gavarni et de 1840, les cheveux taillés en brosse, la barbe poussant à l'aventure, M. Henri Martin n'a rien de commun avec les gravures de modes.
Oh! non.
L'aspect sans cérémonie et un brin empay^ sanné est celui d'un propriétaire rustique ou d'un usinier départemental.
La figure, avivée par un coloris assez chaud.
ne se pique pas de faire concurrence aux régularités classiques de l'Apollon du Belvédère.
Le nez suit obliquement un itinéraire fantaisiste; la bouche a des vastitudes qui lui permettraient difficilement de minauder.
Mais tout cela respire l'honnêteté et la franchise.
Sans compter que le regard, par son acuité et sa mobilité, vous prévient qu'il y a quelquVin à la fenêtre.
Habitant de Passy, M. Henri Martin a toujours suivi le précepte de l'ancien :
Il a caché sa vie en montrant ses œuvres.
Il n'aurait d'ailleurs pu faire autrement; car la modestie chez lui va jusqu'à la timidité.
Les grandes assemblées le troublent. Aussi n'at-il pu s'acclimater dans la chaire de la Sorbonne et ne l'entendons-nous jamais prendre la parole dans une discussion parlementaire.
Mais c'est l'homme du sage conseil, de l'avis à la fois modéré et résolu, qui rend de vrais services dans l'intimité des bureaux.
C'est aussi l'érudit intrépide que nul travail ne rebute, le piocheur infatigable que nulle recherche ne lasse.
M. Henri Martin yZ
C'est, enfin, le républicain convaincu, incbianlable et doux, qui fait aimer la République en donnant l'exemple d'un dévouement à la fois ferme et pacifique.
Des œuvres de M. Henri Martin, Je n'ai rien à vous apprendre.
Une longue suite d'éditions a popularisé ses travaux historiques , qui épuisèrent toutes les palmes académiques.
Sous le dôme de l'Institut, M. Henri Martin était chez lui d'avance.