M. EDOUARD HERVE
très, de la pépinière normalienne. On sait que sous l'empire, grâce aux vexations dont F Université était l'objet, l'Ecole normale s'était métamorphosée en fabrique de journalistes,
M. Hervé est un des meilleurs produits de cette fabrique-là.
Entendons-nous.
Je ne parle pour le moment qu'au point de vue de l'honorabilité et du talent. Car, honorabilité et talent ont eu le malheur de se fourvoyer
dans des rangs où M. Hervé ne paraît, hélas! point s'apercevoir qu'il tourne le dos à la raison et à l'avenir.
Ce n'est pourtant pas ïAlma mater qui lui a inculqué les tendresses rétrospectives que le Soleil affiche avec une violence croissante.
Aussi M. Hervé a-t-il commencé par être libéral, très-libéral, tout ce qu'il y a de plus libéral.
Peut-être affirmerait-il qu'il l'est encore. Ne pouvant douter de sa bonne foi, je serais alors obligé de ne pas douter non plus de son aveuglement.
Je me serais expliqué encore qu'un écrivain de cette valeur subît des entraînements orléanistes lorsque l'orléanisme arborait hautement son respect de la liberté et faisait de la démocratie in partibiis.
C'est d'ailleurs bien ainsi que les choses ont commencé. M. Edouard Hervé serait probablement bien surpris s'il relisait aujourd'hui certains de ses articles d'avant 1870.
Du temps, par exemple, où M. Ranc (Arthur) était un des collaborateurs du Journal de Paris, qui depuis...
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Ce qui m'étonne, c'est que le rédacteur de cette feuille, d'un autoritarisme aujourd'hui si tranchant, se soit trouvé du côté de ceux qui poussèrent les princes d'Orléans vers la réaction, au lieu de se placer résolument du côté de ceux qui les retenaient.
Quoi qu'il en soit, il n'y a plus à y revenir.
M. Hervé a maintenant un pied dans l'ancien régime. Les deux y seront demain.
Quant à après-demain... Ah ! dame!... Aprèsdemain...
Je ne prétends pas donner ici des consultations extra-lucides, et le métier de prophète en chambre n'est nullement de mon goût.
Mais, dans le cas présent, les futurs contingents se déduisent avec une telle logique, qu'un enfant pourrait formuler une prédiction infaillible sans fluide, ni marc de café.
Oui, en admettant que demain la royauté légitime triomphe de façon éphémère, il est certain qu'après-demain M. Edouard Hervé, écœuré par les excès rétrogrades et les mièvreries cléricales qui se déchaîneraient, sera des premiers à donner le signal de la résistance à ces orgies
c8 Visasses sans Masques
d'obscurantisme. Il est certain qu'il serait un des chefs de l'opposition, nuance Palais-Royal, qui commencerait à battre en brèche le système blanc.
Il redeviendrait orléaniste à la manière tricolore , il retournerait contre la cour des vidâmes les ironies qu'il décochait si bien à la cour du coup d'Etat.
Au physique, M. Edouard Hervé est de ceux dont on ne dit rien.
Rien de saillantdans cette physionomiecomme on en voit tant.
Plutôt agréable que laid, M. Hervé est le dixmillième exemplaire d'un type que vous avez rencontré partout.
Vous savez?.,, une figure ovale encadrée dans une barbe qui n'est ni longue ni courte, qui frisotte correctement et qui est taillée suivant la formule.
Le front développé dit bien que l'intelligence est là- mais il ne fait pas à ce sujet de révélations exceptionnelles.
Le regard, comme celui de tous les yeux à orbite un peu saillant, est plutôt vague qu'expressif.
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Le nez a une courbe qui pourrait faire supposer qu'on se trouve en présence d'un fils d'Israël. Il n'en est rien.
Avec cela taille moyenne, manque d'importance physique, absence d'autorité dans l'allure; vous complétez l'ensemble d'ici.
Si l'on vous demandait sur la mine quelle profession doit exercer M. Hervé, vous pourriez indifféremment répondre: commerçant, boursier, rentier ou sous-chef de bureau.
La pensée n'a point imprimé sur lui sa profonde estampille.
Je ne prétends pas dire pour cela qu'il ne soit point un penseur... Mais je n'imagine pas qu'il lui vienne souvent envie de planer dans les sphères idéales au-dessus de la vie pratique.
Ce que l'on remarque de plus personnel chez M. Hervé, c'est l'habitude de faire vibrer les r à la façon des Jeunes premiers de Brive-la-Gaillarde. Cette prononciation bizarre donne à sa conversation quelque chose de prétentieux qui en ôte le charme. Ce qui est d'autant plus regrettable que de la prétention il a plutôt les apparences que la réalité.
Au résumé, un galant homme, ainsi que je le constatais au début, un journaliste qui sait écrire — chose rare — et qui a pris la peine d'apprendre à tenir sa plume — chose plus rare encore !
De génie, pas la moindre trace, mais du vrai mérite ù bonne dose.
Si M. Hervé avait une devise à choisir, il pourrait prendre celle-ci :
Carrel ne puis,
Veuîllot ne daigne,
Hervé suis !