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EMILE AUGIER

E dernier des Gaulois !

Ce signalement sommaire pour- 33 eui)Yi\t^-<, rait me dispenser d'en dire davani^ ,age.

Pourtant sur un passeport il ne serait peut-être pas de mise, et je vais essayer de le compléter de mon mieux.

La dominante de la figure d'Augier, c'est le nez.

Un polisson de nez arqué, dominateur, proéminent, avec la courb2 énergique qui caractérise la physionomie de l'aigle. Mais ce qui le rend plus personnel encore, c'est le voisinage d'une' paire de petits yeux qui forment presque le même

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contraste que le regard microscopique de l'éléphant à côté de sa trompe aux proportions gigantesques.

Proportions gardées, bien entendu.

Car je n'entends pas le moins du monde insinuer qu'Augier ait quelque chose de proboscidien dans le profil.

D'ailleurs ces petits diables d'yeux, qui ont l'air de vouloir se rapprocher pour trinquer ensemble, en disent plus, je vous assure, qu'ils ne sont grands.

Ils ont tour à tour la malice voltairienne, la rabelaisienne gaieté, les appétits épicuriens.

Je n'affirme pas qu'Augier soit forcé de tenir toutes leurs promesses. Je constate seulement.

La qualité du teint, haut en couleur, est encore chez l'auteur d'une note très-particulière.

Cela complète, avec une barbe drue et presque crépue, un ensemble de vigueur physique et morale auquel Augier ne ment pas.

Car c'est en somme le plus solidement campé de nos auteurs dramatiques en exercice.

Victor Hugo plane en dehors et au-dessus de scn époque.

Ce qui par-dessus tout me charme en lui, c'est qu'Augier est dédaigneux, jusqu'à la provocation, des ficelles qui font mouvoir ce pantin qu'on appelle le public.

Jamais vous ne le surprendrez en flagrant délit de courtisanerie à l'endroit du parterre.

Jamais il ne se soucie, quand il conçoit ou exécute, de ce qu'en dira le vionde.

Il a son idée. Il la prend, la pétrit, la modèle à sa guise.

Fais ce que dois, advienne que pourra.

Incapable de transiger avec lui-même, s'il voit une scène de telle façon il ne pensera jamais : — Mais prends garde. Il y a là telle crudité qui fera grimacer les hypocrites, une audace qui sera exploitée par les jaloux. Tu vas compromettre par ces quelques lignes le fruit d'un travail de toute une année !

Non. Il va droit devant lui, faisant sa trouée comme un obus.

C'est si rare, cette qualité-là, que les habiles et les médiocres prennent pour un défaut !

Aussi combien de fois le public a-t-il été forcé de faire son meâ culpâ et de présenter

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ses excuses à Augier qu'il avait méconnu !

Avec l'Aventurière, par exemple.

Une des pièces de ce siècle qui ont le plus de saveur et de valeur.

Aussi avec le Mariage d'Olympe qui fut sifflé... Un chef-d'œuvre.

Sifflé parce que le dénouement était inexorable comme la justice.

En fît-on assez de jérémiades ineptes!

Tuer une femme d'un coup de pistolet I... Et après ?... La femme enragée ou le chien enragé, je ne vois pas de différence.

Avant la représentation, c'était à qui supplierait Emile Augier d'adoucir son. dénouement.

Tous les cataplasmeux dramatiques auraient cédé.

11 reiusa absolument. La pièce tomba, mais comme elle se releva et comme elle se relèvera encore !... Car elle n'est pas classée à son point.

Voilà le grand prestige d'Augier.

On sent en lui un convaincu de l'art, au lieu de sentir un adulateur de la vogue.

A l'heure qu'il est, Aui;ier, sans verser dans la misanthropie (il n'a jamais assez cru aux hommes

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poui- arriver à les haïr par déception), à l'heure qu'il est, Augier s'est fait rustique.

Il ne comprend plus le Paris rabougri des gommeux. Il trouve qu'ils ne valent pas une pichenette, ces fœtus.

Et il s'est mis à planter des choux aux environs.

Mais le succès nous l'a ramené.

Qu'importe d'ailleurs ! Pourvu qu'il nous donne son travail, laissons-lui sa solitude.

Cœur loyal, Augier n'a pas la bonté banale des bêlants.

Il n'est d'aucun troupeau de moutons, celui de Panurge compris.

Il a des amitiés fidèles, mais en revanche il a le coup de dent implacable pour les vanités et les sottises.

Bravo !

Un philosophe a dit :

— Pour être un vrai homme, il faut savoir vouloir... et en vouloir.

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