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LE DOCTEUR POTAIN

E Journal officiel^ avec son laconisme ordinaire, publia un jour les "^ trois petites lignes suivantes :

« Par décret en date du 28 mars, M. le docteur Potain, agrégé des Facultés de médecine, est nommé professeur de pathologie interne en remplacement de M. Hardy appelé à d'autres fonctions. »

Pour la première fois peut-être depuis que le

Journal officiel publie des nominations de ce

genre, il y eut unanimité dans le corps médical

pour applaudir le choix qui venait d'être fait.

Quant au public qui, il y a quelques années à

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peine, n'avait encore jamais lu ce nom sur les feuillets du livre de la popularité, il sait unanimement aujourd'hui qu'une vraie renommée médicale s'attache à cette personnalité dont la modestie s'est dérobée trop longtemps à une réputation méritée.

Il faut bien le dire, dans cette profession la modestie n'est pas une vertu réglementaire. Un homme d'esprit écrivait jadis :

« Les médecins conseillent souvent la violette à leurs malades, mais la pratiquent rarement. » C'est un peu la faute de la clientèle, qui aime qu'on s'impose à elle et qu'on lui en impose.

Le docteur Potain, que l'actualité fait poser devant notie plume, toujours à la piste des notabilités nouvelles, n'a voulu en rien sacrifier à ces exigences. S'il est arrivé, c'est par la force des chos:s, par cette évidence du mérite qui se révèle, alors même qu'il voudrait se cacher.

Depuis plusieurs années déjà, si vous interrogiez un des. jeunes de la médecine en lui demandant qui son estime plaçait aux premiers rangs parmi les notabilités contemporaines delà science, sa réponse renfermait toujours le nom

Le doctei

Potait

de celui à qui la Faculti a t op tarJ o:iroyi le dignus intrare.

Le docteur Potain appartient à la médecine par ses origines mêmes. Son père l'exerçait à Saint-Germain, où le tils est né.

Il fut le plu5 brillant des élèves de Bouillaud; il appartint à celte génération éclatante dont tirent partie quelques vaillants, entre autres Axenfeld.

Ce dernier fat toujours pour le docteur Potain ce qu'Oreste a été pour Pylade, Damoa pour Pythias.

Le docteur Potain, au sortir des bancs, s'occupa un moment de médecine aliéniste.

Il était alors attaché à une maison de santé d'Ivry; mais bientôt il rentra dans les cadres ordinaires et se mit à l'œuvre avec une ardeur de bénédictin.

Ses cartons recèlent des trésors non soupçonnés.

En môme temps, parla sûreté de son diagnostic, par son étude consciencieuse du malade, par sa pratique étrangère aux àpretés du gain, par la sereine droiture de son caractère, il conquérait

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peu à peu tous ceux qui l'approchaient, et se faisait ce renom, d'abord intime, puis insensiblement général qui l'a mis définitivement hors de pair.

Le docteur Potain est aujourd'liui un homme d'environ quarante-six ans.

La tête n'ambitionne en rien la suave correction d'un Adonis.

Mais dans son irrégularité même elle rencontre un caractère tout particulier de pénétration, d'intelligence et de bonté.

Ils sont si rares ceux qui réunissent ceci à cela ! Ils sont si nombreux les médecins qui abusent de leur illustration pour se livrer à des brutalités choquantes.

Cette bonté dont je parle, en voulez-vous un trait charmant et absolument authentique?

Le nouveau professeur de la Faculté est appelé un soir près d'une malade qui souffrait d'une cruelle crise hépatique, ce que Trousseau appelait Viit diè^e delà douleur.

Et, en effet, les souffrances étaient horribles.

Le docteur Potain prescrit des calmants une première fois.

Le docteur Potain i3i

Il revient trois heures après.

La crise persiste, atroce, impitoyable.

Il part cependant... Dame! il est minuit et demi !

Mais il part uniquement pour congédier son cocher, à qui il veut épargner cette veille.

Pour lui, il reste à se promener de long en large devant la porte pour laisser au remède le temps d'opérer et pouvoir, en remontant après une demi-heure de faction, s'assurer si quelque soulagement a été obtenu.

Voilà l'homme.

Quant au savant, j'ai dit quelle universelle sympathie s'ajoute pour lui à l'universelle estime.

L'un et l'autre suivent le plus formidable et le plus justifié des crescendo.

Et personne jamais n'aura envie de crier ; Assez!

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