‹ Visages sans masquesChapitre 30 sur 58 · AMBROISE THOMAS · texte numérisé non relu

AMBROISE THOMAS

Sni, r^,-:?^,.^ AR un hasard sin:^ulier, la nature ^ v^y"^ ^ "^^ï P^"^ ^ donner une tête quasi "^j ^^^iJ jumelle à deux des principaux niu- ■^J^vvO^ siciens de notre époque.

Ambroise Thomas et Verdi seraient frères, que l'on aurait fait pour eux une scie de la vie, à force de leur répéter sans cesse :

— C'est étonnant comme vous ressemblez à monsieur votre frère!

Seulement, Verdi a plus de nerfs ; Ambroise Thomas plus de morbidesse.

Regardez -le passer^ la tête légèrement inclinée, l'œilsoucieux et méditatif; on dirait un trappiste qui pense réglementairement à la mort.

Ce teint bistré, ces joues sillonnées et vallon-

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nées, ces cheveux et cette barbe d\in gris sévère, se marieraient à merveille avec la bure de Termite.

N'allez pas croire pour cela que le directeur de notre Conservatoire ait le désir de se retirer de la vie avant l'âge.

Non. C'est un mélancolique; ce n'est pas un désespéré.

Il faut convenir d'ailleurs qu'il aurait tort d'en vouloir à l'existence.

Elle a fait pour lui tout ce qu'elle pouvaitfaire. Elle lui a payé largement sa dette.

Ambroise Thomas n'occupe-t-il pas aujourd'hui le poste d'honneur à la tête de l'enseignement musical de notre pays?

Quel bizarre contraste il forme avec son prédécesseur, de sémillante mémoire!

Nous l'en félicitons, du reste, Auber avait instauré au Conservatoire des us et coutumes dont on ne lui demandait aucun compte, parce qu'il était Auber, mais qui n'étaient guère à l'honneur de la maison.

Il professait un dédain trop grand pour le : Et sans danger la mère y conduira sa fille...

Visa^fes s.dis Masques

M. Ambroiss Thomas a, Dieu merci ! changé tout cela.

Autant son prédécesseur était anacréontique, autant il est austère.

— Le mercredi des cendres succédant au mardi gras, a dit un détinisseur.

Si ce culte de la gravité est tout à fait louable et complètement à sa place, quand il s'agit du Conservatoire, peut-être est -il permis de trouver que M. Amboise Thomas le pousse un peu trop loin, lorsqu'il s'agit de sa propre musique.

Ne le vit-on pas naguère désavouer un de ses enfants les mieux venus, parce que cet enfant se permettait de rire et de jeter un peu les doublescroches par-dessus les moulins ?

Nous voulons parler de cette partition de Gilles et Gillotin, qui ne fut représentée que par autorité de justice, et dont la fantaisie charmante ne sera pas un des moindres titres du maître.

On prétend même que le succès de son adorable Caïd l'importune comme un remords, et qu'il en demanderait volontiers pardon au dieu du contre-point.

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S'il en est réellement ainsi, c'est de cette erreur même que M. Ambroise Thomas doit faire bien vite son meâ culpd.

Elle est si rare, la musique de verve ! La musique qui a la facilité sans avoir la trivialité !

Faut du sérieux, mon clier maître, pas trop n'en faut.

Croyez-vous, d'aventure, que Rossini soit diminué par le Barbier, ou Donizetti pir Don Pasqua le?

Ah ! grand Dieu !... Les sérieux I Mais c'est le fléau de notre époque !

Ils sont en train, ces poseurs, de nous faire une France somnolente, maussade et falsifiée!

On ne rencontre que gens se hissant sur les échasses de la morgue, pour essayer de dominer leurs contemporains.

Vous avez trop de vrai talent, vous, pour imiter ces ampoulés.

Signe très-particulier : Ambroise Thomas a rencontré ici-bas un ami véritable.

Cet ami, c'est Heugel, l'habile et sympathique éditeur.

Heugel, par sa sollicitude intelligente , est

presque un collaborateur pour celui dont il édite les œuvres.

C'est un parrain qui frise la paternité.

Au résumé, l'homme qui a fait le Songe d'une nuit d'été, Hamlet, Mignon^ plus (j'y reviens) le Caïd et Gillotin, cet homme-là tient de droit une place d'honneur dans l'histoire artistique de son temps.

D'aucuns se plaisent à chercher les défauts de son talent; moi, je me réjouis d'en admirer les qualités.

Je partage l'avis d'Alphonse Karr, de l'Alphonse Karr qui avait tant d'esprit quand il ne voulait pas poser pour l'homme politique :

« On ne doit pas se plaindre qu'il y ait des épines aux roses. On doit se féliciter qu'il y ait des roses aux épines. »

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