‹ Visages sans masquesChapitre 44 sur 58 · DAUBRAY · texte numérisé non relu

DAUBRAY

ous connaissez la pièce de vers de

Wïctor Hugo/mûiulée le Revenant?

Une mère perd son enfant. Elle

estinconsolable.

Mais un autre vient au monde, et elle croit

entendre, à travers les premières caresses du

bébé, la voix vagissante et chère du regretté, qui

murmure :

— C'est moi, ne le dis pas.

Vous vous demandez où diable j'en veux svenir avec cette réminiscence poétique à propos de Daubray, qui n'a pas précisément l'air d'être venu au monde sous une élégie.

, Voici :

2i6 Visages sans Masques

Quand le public perdit Désiré, Désiré premier et dernier, il fut inconsolable, il se dit :

— Jamais je ne remplacerai celui-là. Il avait été taillé dans un bloc de gaieté unique dans son genre. Ses grimaces, ses roulements d'yeux, sa bonhonnie, et jusqu'à son ventre, tout était à lui, rien qu'à lui... Non, je ne le remplacerai pas.

Mais voilà qu'un beau soir un autre acteur est apparu.

C'était Désiré qui revenait, et les habitués de l'orchestre des Bouffes crurent, eux aussi, entendre la voix de leur farceur aimé, qui fredonnait sur un air d'Offenbach :

— C'est moi... ne le dites pas.

Daubray continue la dynastie des Désiré. Mais il la continue avec une originalité qui

est sienne.

C'est un Désiré plus fin, corrigé de certains défauts de vulgarité et doté d'une fantaisie encore plus boulevardière.

L'ancien n'était qu'un grotes]ue. Le nouveau est un comique.

Daubray 2 r 7

Et il en a usé à notre profit. Qu'il se méfie seulement de la manie.

Oh! la manie!... le fléau de tous les comiques contemporains !

Une grimace heureuse ou une façon de dire bizarre a-t-elle réussi? Ils n'en veulent plus démordre. Ils la répètent, ils la reprennent; ils nous en comblent, ils nous en accablent.

Cela, jusqu'à ce que l'inévitable lassitude arrive.

Daubray a inventé une manière de saccader le lazzi qui est d'une irrésistible drôlerie.

Je le reconnais. Mais, en même temps, je l'avertis charitablement qu'il est temps de penser à prendre ou un brevet nouveau ou tout au moins un brevet de perfectionnement pour rajeunir l'ancien truc.

Le public lui renouvellera tant qu'il voudra son bail de succès.

Mais à condition qu'il remette de temps en temps sa gaieté à neuf.

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