‹ Visages sans masquesChapitre 50 sur 58 · W' DE RESZKÉ · texte numérisé non relu

W' DE RESZKÉ

N entend souvent parler dans les vieux clichés des fatigues du métier de cantatrice.

Si ces fatigues-là ont étiolé quelques victimes, il faut reconnaître que sur la plupart elles produisent un effet diamétralement opposé.

A commencer par l'Alboni, pour finir par M"* Sasse, longue serait la liste des chanteuses sur qui l'usage des vocalises a produit le même effet que Tusage des haltères.

M"^ de Reszké est de celles que la gymnastique vocale est loin d'avoir appauvrie.

Si Vad']Qcni plantureux n'existait pas, il faudrait l'inventer en son honneur.

Le type est étrange. Rien de la beauté correcte.

Le nez se permet même des fantaisies plus que Roxelaniennes. Cest l'estampille septentrionale que ce nez, carré sur la base, avec des révoltes en pointe.

La figure s'évase hardiment; la bouche ne fait pas sa pincée, loin de là. Elle ouvre à la bonne franquette ses lèvres fon peu ascétiques.

L'œil bat le briquet sur tout ce qu'il rencontre. Ahl le satané œil ! En voilà un qui ne ressemble pas aux allumettes de la Compagnie.

Le moindre choc le fait flamber. Lui seul, et c'est assez pour donner à toute la physionomie quelque chose d'imprévu et de bizarre qui fait retourner les indifférents et qui galvanise les passionnés.

Avec cela surtout que ce diable d'œil noir éclate à côté d'une chevelure d'un blond auprès duquel les blés eux-mêmes sembleraient châtains.

Le talent de M"" de Reszké est comme sa

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figure, spécial et indépendant, pour ne pas dire capricieux.

Ne lui demandez pas la correction froide et classique. Il ne tient pas cet article-là. Mais si vous voulez de l'imprévu, de l'audace, de l'élan, adressez -vous à lui, et vous serez satisfaits.

Dans le rôle de Sita, l'artiste a monté d'un seul coup plusieurs des échelons qui mènent au ciel des étoiles lyriques. Elle ne s'en tiendra pas là.

Mais guerre à l'embonpoint ! Pour les escalades il ne faut pas de surcharge.

Ce que j'aime dans M"'' de Reszké, c'est que rien en elle ne sent la serre chaude. Il y aurait plutôt en elle du sauvageon poussé entre deux pierres. Les vrais amateurs préfèrent les abricots de plein vent aux fruits cotonneux de l'espalier.

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