SARA H BERNHARDT
N confrère, attention !
Sarah Bernhardt, en effet, chacun sait ça, semble avoir pris pour devise avec une variante la fameuse déclamation de Térence.
Rien de ce qui est artistique ne lui est étranger.
Cette frêle nature a des énergies de travail à remplir dix existences.
Mais ne dois-je pas commencer par le commencement.
Un peu plus de profil, s'il vous plaît, mon charmant modèle. Là.
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Si je pouvais procéder à la façon des passeports, ce serait bien simple. Il me suffirait de cette laconique mention : Signes particuliers : Tout.
Oui, vraiment, tout est personnel dans cette nature.
Ces cheveux d'une pittoresque indiscipline ne sont les cheveux de personne; ce regard, logé profondément, a tour à tour des naïvetés, des caprices, des méditations, des sourires qui dépistent.
Au moment où l'on croit avoir affaire à une mélancolique, la gaieté éclate dans cet œil qui se fait gamin, puis soudain c'est une volonté presque menaçante^ qui s'accentue; puis...
Un kaléidoscope.
Dix portraits, vingt portraits ont essayé de traduire ce visage à la coupe étrange où rien ne se conforme aux prescriptions de MM. les professeurs de dessin, où tout a son originalité : ce nez, d'une courbe caractéristique, les pommettes accentuées, la bouche fantasque, le menton résolu.
Les dix, les vingt portraits n'ont abouti qu'à
Sarah Bernhardt
des à peu près. Et il en sera toujours ainsi. Je n'ajoute pas : Même pour le mien. Ce serait la modestie trop outrecuidante.
Vous connaissez la vieille histoire du naïf demandant à un des Lionnet: — Est-ce à vous ou à monsieur votre frère que j'ai l'honneur de parler?
On est, par ma foi, tout près de rééditer la question sous une forme légèrement différente, quand on entre dans l'atelier de Sarah Bernhardt et de lui demander ;
— Est-ce à mademoiselle Sarah Bernhardt ou à son frère que...
On se trouve, en effet, en présence d'un jeune homme tout de blanc vêtu (costume de comédie italienne), qui tient à la main un ébauchoir ou un marteau. Le jeune homme, c'est bien Sarah Bernhardt elle-même.
Rien d'empêtrant comme la toilette féminine pour faire de la sculpture. Ce n'est donc point excentricité de sa part, mais commodité simple.
Non pas que je veuille prétendre que le mot excentricité lui fasse peur.
Quand on pousse Thorreur du banal jusqu'au
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paioxysme (ce qui est un droit et peut-être un devoir), on s'excentrise toujours plus ou moins.
D'un haut goût, cet atelier tout encombré de curiosités est du plus heureux arrangement comme tout le reste de l'hôtel d'ailleurs.
C'est ici qu'on reçoit.
De l'autre côté de la cour, un second atelier ruisselant de lumière et tout au travail.
C'est là que Sarah Bernhardt exécute les grandes statues que sa main délicate fouille avec une nerveuse passion.
Mais l'heure est venue d'une répétition. Le sculpteur prend la comédienne par le bras, la met en voiture : Cocher, à la Comédie-Française!
Et nous nous trouvons en présence d'une seconde incarnation, en présence d'un talent dont l'éloge n'est plus à faire et qui n'a peut-être pas encore été suffisamment et justement défini.
Ce talent, avant tout, a ceci de remarquable qu'on ne le peut comparer à aucun autre. Il ne procède que de lui-même ; il n'a appris ses qualités à aucune école.
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Ce n'est pas la classique correction avec sa froideur rectiligne, ce n'est pas non plus le romantisme flamboyant avec ses débordements déréglés.
Et cependant Sarah Bernhardt sera tour à tour l'héroïne attendrissante d'une tragédie ou la fougueuse maîtresse d'un drame à la moderne.
Ce qui se dégage de toutes ses créations, c'est le charme. Elle conquiert avant d'émouvoir.
Sa voix, qui a pour l'oreille des caresses irrésistibles, trouverait moyen de donner de l'attrait à la lecture des Petites Affiches. C'est une musique qui pourrait se passer de paroles, et qui s'en passe parfois quand il lui arrive de subir un rôle médiocre.
Quoi d'étonnant après tout cela à ce que la jalousie ait essayé de percer des meurtrières dans le mur de sa vie privée?
Certaines railleries bourgeoises ont prétendu lui défendre d'être fantasque à son gré. Écume, pot-au-feu, peu doit lui importer.
C'est l'artiste seule qui nous intéresse d'ailleurs ici, comme elle intéresse le public.
L'artiste dont l'insatiable activité rêve toujours i5.
d'explorations nouvelles; l'artiste qui alors qu'être comme il suffit à tant d'autres, est toujours possédée de l'intelligente ardeur de con-