‹ Visages sans masquesChapitre 57 sur 58 · L'ALBANI · texte numérisé non relu

L'ALBANI

iCTOR Hugo a écrit quelque part ces admirables vers ;

Car rien n'est si puissant que deux petits bras Pour tirer promptement les mères dans la tombe.

L'Albani donnerait envie de retourner le distique et de dire :

Car rien n'est si puissant que deux charmants bras blancs Pour tirer promptement les scènes de la tombe.

Le Théâtre-Italien en sut quelque chose. Elle parut, et le malade fut ressuscité. Elle parut souriante, printanière. Et, sans effort comme sans charlatanisme, elle conquit

le public parisien, si difficile à dompter, si facile à charmer.

L'Albani me fait songer à une harpe éolienne.

Il semble que le soufHe de l'inspiration vienne faire vibrer les nerfs harmonieux de cette organisation délicate, comme le souffle du vent venait faire vibrer les cordes mystérieusement mélodieuses du légendaire instrument.

Ce qui me captive dans ce talent, c'est la sincérité.

L'Albani paye toujours cœur comptant.

Les malicieuses, les vieilles du métier, ont des doubles-fonds où elles cachent les lésineries qu'elles font sur elles-mêmes. L'Albani ne s'économise jamais.

A tel point qu'après chaque représentation, elle expie, par une surexcitation maladive, la dépense qu'elle a faite en artiste loyale qu'elle est.

N'essayez pas de lui conseiller de liarder sur les notes ou sur les élans. C'est comme si vous aviez demandé à Dumas père de prendre un livret à la caisse d'épargne.

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Et puis, c'est si beau la jeunesse qui croit et qui palpite!

Comme cela vous a réveillé du premier coup ce vieux blasé de Paris !

L'Albani, quand elle se fit entendre, il y a quelques années, n'était encore qu'un crépuscule. C'est une matinée ensoleillée aujourd'hui.

Une matinée d'avril... et d'un avril comme on n'en voit pas, puisqu'il a en même temps les fleurs et la moisson.

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