‹ Vision du Tasse, scène en vers mêlée d'auditions mélodiquesChapitre 1 sur 2 · TORQUATO · texte numérisé non relu

TORQUATO

lit s’avance à pas tenta.)

Le sommeil?.. — r J’aî bien froid !..' — Le vent des nuits «F automne Cémit autour des murs , lugubre , monotone ,

Et chasse dans le eiel les nuages errants Qu’il roule sur la lune en Immenses torrents...

/ (Pc. menant ae» doigt* «ur ton fiont. |

Le sommeil ?.c J’ai bien froid !.. Surtout à cette place !..

J’ai le front comme pris dans un cercle de glace !

Hélas! mon pauvre cœur sourdement déchiré,

Tout le feu de la vie en toi s’est retiré :

1 La main aur ton cœur. J

Oui , là , je n’ai pas froid... mais , là , je souffre encore !

L’on ne t’aimera plus! mais grâce, Éléonore!..

J’arrache de mon cœur cet amour détesté ,

Mais qu’on me rende alors ma belle liberté ! ,

Ma liberté d’amour, ma liberté chérie ,

La liberté , c’est tout ! c’est l’étre , la patrie ,

C’est le reflet du ciel , l’étemelle beauté ,

C’est le sang , c’est la vie enfin !.. — Ma liberté !

O mon Dieu ! vous savez comme vos chers poètes ,

Devant les deux , les bois , se font de belles fêtes ;

A travers les barreaux de ma sombre prison ,

Moi , je saisis à peine un coin de Thomson :

Oh ! si je pouvais vçir seulement sur cé voile Une feuille voler ou filer une étoile...

(Mélodie dans la fratrheur descriptive : Torquato s’anime , une douce extase rayonne sur son front.)

De l’air!., le ciel !.. les eaux!., les ravissants mirages! Voilà, sortant des mers, Naples aux verts ombrages Pleins de frémissemens ,

Belle comme Vénus qui légèrement pose Sur la conque de narre où luit l’azur, le rose .

C Ses pieds nus et charmans !

Salut . miroir des deux , golfe de Parthéaope !

Ta ceinture de monts richement t’enveloppe .

O mon golfe chéri , .

Plus brillante en couleurs que celle d’une fée ,

Et gracieusement dans le fond agrafée Par Plie de Capri !

Toi qui cours à mon front, douce brise odorante ,

Et qui viens, n’est-ce pas, des hauteurs' de Sorrcnte,

Murmure avec douceur

Le doux nom de ma soeur... Me plcure-t-eile encore?

(Eléonore... ) — Grâce! oh! laisse Éléonore. •

'■ Parle-moi de ma soeur 1

'Mélodie sombre, heurtée, empruntant tout à-coup un caractère dramatique. Le front de Torqualo retombe dans l'ombre.)

Le vent... la nuit... toujours! — Du feu qui me dévore Qui me délivrera?.. — Depuis ce jour... Enpore.!

Encor ce souvenir désespéré, fatal!

Jeté dans le cachot d’un sinistre hôpital ,

Dans la prison des fous, moi !.. le divin poète !

Des fous?.. Oh! taisons-nous! n’effrayons pas ma tête...

Des fous?.. Non , des captifs... ils ont tous leur raison ,

J’eus tort, pensant cela, ce n’e$t qu’une prison.

Pourtant... mais... Ah! quels sont ces fantômes livides Qui glissent sous les murs en hochant leurs fronts vides ,

Les poings sous les mentons . mornes . béans , hagards ;

Comme ils font peur leurs yeux grands ouverts... sans regards!

Moi . je ne suis pas Tou ! j’ai ma raison encore !

N'est-ce pas? répondez, vous... vous!.. — Éléonore!- Ah! depuis bien long-temps je vous attends... Auprès Le Duc avec sa cour cause sous les cyprès .

Je puis oser enfui... Princesse, haute dame ,

Sauvez ma pauvre tète et mon coeur et mon âme !

D’aimer seul et lout bas, cela fait bien souffrir,

Mais j’aime ma souffrance à vouloir en mouHr !

Oh ! sur ce front brisé , doux et magique charmé .

Si ce n’est un baiser, seulement une larme,

Éléonore... — O ciel , tu fuis !.. il faut pourtant Que je l’arrache enfin du cœur, tout palpitant Ce secret , dût tomber la foudre d’ anathème !

Je t'aiine , Éléonore, Éléonore, on t’aime!

(jl va pour s’élancer aux genoux du fantôme, quand soudain il détourne la tête c< recule er poussant un rri île frayeur. ’

Son frère !.. Il écoutait... — « Cet insolent , aux fers!

• Parce qu’on a daigné sourire à quelques vers,

• Des antiques rameaux de l’arbre d'Este, il ose

• Réver dans son orgueil la jeune et belle rose...

» Aux fers ! aux fers , le fou !.. » Certc , Alphonse a raison ! Ce misérable fou , qu’on le. jette en prison !

Torquato le divin ignore qu’un poète Ne doit avoir un cœur que pour aider sa tète !

Il a cru que l'art noble ennoblissait le sang ,

Qu’en face de la gloire jl n’était plus de rang ,

Que du génie enfin la couronne sublime Valait un cercle étroit- de duc sérénissime !

Il a cru cela ? Bien ! Aux.fers ! — Et puis encor Que fit-il pour Alphonse? ,\ vfcc -un ciseau d’or Après avoir taillé son Parthénon épique Et tous ses demi-dieux , il a , sous le portique ,

Sculpté ce petit prince . ombre de souverain .

En Auguste de marbre , en Hercule d’airain !

Il a fait cela? Bien! aux fers! — Seigneur duc d’Este, Alphonse , dont te nom obscur, ingrat , funeste.

N’aurait pas même été par ton siècle arraché Du petit coin honteux de ton petit duché Que défend un rempart de formidables saules ,

Alphonse, il t’a pris, toi ! puis couvrant tes épaules D’un coin du fier manteau sur lui par Dieu jeté ,

Il t’emporta d’un bond vers l’immortalité

Avec tous ses héros il gigantesque taille

Qui t’auraient pris entier dans lcnr gant de bataille !

Il a donc fait cela., le misérable fou !

A ses pieds , h ses mains , des fers ! la chaîne au cou !

(Accords de flûte . arpèges de harpe semés de notes voilées de cor.)

Ces chants?.. Célestes chants ! vagues, divins murmures!’ Comme un souffle colique éveillant dés armures !

— A travers ce nuage empourpré finement L’étincelle de l’or, l’éclair du diamant.

Et là... comme une foule en silence qui bougé...

Ah ! de fiers manteaux blancs où brille la croix rouge !

Les boucliers d’airain peints de mille couleurs.

Les gonfanons brochés d’étoiles et de fleurs,

Les cimiers couronnés , les panaches de sole.

L’oriflamme de neige où lé lys d’or flamboie.

Les croix sur la poitrine à travers les colliers...

Ce sont eux!.. A moi donc ! à moi , mes chevaliers !.

Venez autour de nous , comblez , foule sublime ,

De mon front ténébreux l’impitoyable abîme !

Alphonse , je suis maître et seigneur à mon tour !

Viens voir! Lés voici tous... Qne dis-tu de ma cour !..

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