Tables de matières colorées
Il est très utile de construire, empiriquement et sans prétention scientifique, des tables de substances colorées à l’usage des divers métiers. Il est naturel de les construire avec des laines aux Gobelins, avec des papiers imprimés chez les éditeurs, avec les couleurs mêmes à classer chez les marchands de couleurs,... de manière que les comparaisons soient plus faciles. Le lustre, la matité des tons, le pelucheux ou le poli du substratum, toutes ces circonstances indépendantes de la couleur, quand elles sont différentes, gênent les comparaisons.
La comparaison consiste à dire que telle substance se conduit comme tel degré de l’échelle, sous l’influence du même éclairage (que nous pouvons supposer blanc, pour nous borner aux conditions ordinaires des applications). Recevant un faisceau de lumière blanche, la substance et le corps de comparaison doivent émettre des lumières de même composition et de même intensité. L’intensité du faisceau incident peut être quelconque, puisqu’il y a proportionnalité entre la lumière incidente et la lumière diffusée.
Voici un exemple intéressant de table de substances colorées.
J’ai sous les yeux une boîte contenant 252 pastels de nuances différentes. Le marchand (Lefranc et Cie, rue de Turenne, Paris) livre en même temps que la boîte un catalogue de 308 nuances; chacune d’elles est représentée par un échantillon de 2 centimètres carrés de papier couché dont la surface a exactement l’aspect du pastel dont il rappelle la nuance.
Pour chaque matière colorante, les tons sont classés à partir du plus saturé (1er ton) jusqu’au moins saturé; suivant la nature du premier, il y a un nombre de tons qui est généralement sept, parfois moindre.
Le numérotage est arbitraire; la classification n’a aucune prétention scientifique. Gela ne veut pas dire qu’une telle collection de nuances ne soit pas infiniment précieuse et intéressante à regarder.
Il est sot de fourrer la Science là où elle n’a que faire. Pour les matières colorées une classification empirique commode est tout ce qu’on peut espérer. Je lis partout que la table de Chevreul, telle qu’elle est aux GobeÜhSj est un admirable document. Je n’y contredis pas, pourvu qu'on la prenne pour ce qu’elle est : un catalogue de laines colorées arbitrairement numérotées. Son utilité est en proportion de la fidélité des copies qu’on en a, et non pas de sa valeur scientifique qui est nulle. Par conséquent je trouve stupides les gens qui la veulent perfectionner (Chevreul avait la prétention de placer sur le même diamètre les teintes complémentaires; il s’est lourdement trompé) : le devoir essentiel d’un tel catalogue est de rester autant que possible immuable.