Modification du diagramme
Les diagrammes analogues au précédent n’ont aucun intérêt pratique; ils ne présentent que l’intérêt théorique de figurer concrètement la marche suivie pour vérifier la théorie d’Young : à savoir, que pour tout observateur 'les phénomènes physiologiques ne sont fonction que de trois variables dont les grandeurs sont proportionnelles aux intensités objectives des radiations qui tombent sur la rétine; ce qui revient à négliger le phénomène de Purkinje. Dans le cas des daltoniens parfaits, le nombre des variables se réduit à deux.
Remarquons d’abord qu’un diagramme ne correspond qu’à un observateur particulier. A supposer qu’il existe des équations moyennes pour des matières colorées déterminées, elles ne peuvent être que la moyenne des résultats obtenus par un grand nombre d’observateurs, une centaine par exemple. On imagine difficilement la mobilisation de 100 physiciens capables d'effectuer correctement tout ce travail.
D’autre part on n’est jamais sûr que les physiciens qui se sont occupés des couleurs, possédaient des yeux moyens.
En second lieu, même pour un observateur déterminé, l’aspect des diagrammes peut être modifié de bien des manières. Rien n’oblige à mettre nos matières colorées choisies comme fondamentales au sommet d’un triangle équilatéral; rien n’oblige à leur donner les coefficients 1, c’est-à-dire à mesurer leurs intensités relatives par les secteurs qu’ils occupent dans l’expérience qui détermine le point W. Enfin rien n’oblige à prendre trois matières colorées plutôt que trois autres.
Même pour trois matières de noms donnés, les teintes varient suivant le fabricant, suivant que la matière est naturelle ou artificielle, suivant qu’elle est préparée à l’huile, à la gomme, à la gouache, à l’œuf, etc., suivant la nature dja substratum (pa}5îër, bois, toile)... Rref nous obtenons ce que nous voulons, avec les restrictions imposées par la théorie de Young. Il n’y a donc pas intérêt à compliquer. On a proposé de prendre pour intensités unités des fondamentales, des secteurs en raison inverse de leurs luminosités définies comme àu § 212; on a proposé des systèmes plus complexes satisfaisant à des conditions prises à l’avance (Rood). C’est oublier que ces diagrammes ne servent qu’à
VISION COLORÉE
fixer les idées; ils ne peuvent avoir la prétention de classer pratiquement les matières colorées (§ 224).
Du moment qu’il ne s’agit que de vérifier la théorie d’Young, peu importe les matières prises pour fondamentales et les unités choisies. Il est avantageux que leurs teintes ne s’éloignent pas trop des fondamentales simples ; il est naturel de prendre leurs intensités relatives proportionnelles aux secteurs couverts; il est enfin plus simple de mettre leurs points figuratifs aux sommets d'un triangle équilatéral. C’est ce que Maxwell a fait. Ceux qui le critiquent, lui prêtent des intentions de représentation des couleurs qu’il n’avait pas parce qu’il en connaissait l’absolue vanité.