‹ Vision et reproduction des formes et des couleurs. Vision mono et binoculaire. Illusions d'optique. Photométrie. Théorie des couleurs. Photographie. Procédés d'impressionChapitre 219 sur 392 · Théorie picturale des trois couleurs · texte numérisé non relu

Théorie picturale des trois couleurs

Revenons sur la théorie des trois couleurs picturales.

1° Dès avant Newton, c’est-à-dire au début du xvne siècle, on connaissait la possibilité d obtenir toutes les couleurs par le mélange de trois matières colorées, un rouge , un jaune , un bleu. On connaissait donc le fait scientifique fondamental que les couleurs subjectives sont fonctions de trois variables : ce sont les trois sensations élémentaires de la théorie d'Young.

New ton ne distinguait pas avec précision 1 obtention des couleurs composées par superposition sur la rétine des faisceaux colorés, et l’obtention de ces couleurs par mélange des poudres colorées.

Il remarque toutefois que s’il est aisé d’obtenir du blanc par l’addition de couleurs spectrales, il est quasiment impossible d’en obtenir par un mélange de poudres. Une partie de minium et cinq parties de vertde gris tnturees ensemble donnent, non du blanc, mais du gris souris. En effet le minium retire de la lumière incidente une partie des radiations, le vert-de-gris en retire une autre : en admettant qu’il reste de quoi composer du blanc, ce blanc ne peut être que très rabattu : c’est du gris. Bien entendu éclairé par le plein soleil, ce gris peut paraître blanc : n’empêche que la théorie de son obtention est fort différente de celle du blanc par superposition; ce que Newton ne dit pas.

S’il est facile d'obtenir du noir par mélange de poudres colorées, il est impossible pratiquement d’obtenir du blanc, au point que de toutes les matières colorantes, c’est encore du blanc que le peintre fait la plus grande consommation.

2° — Le lecteur a remarqué que les couleurs fondamentales picturales sont le rouge (cinabre ou carmin), le jaune (chromate de plomb ou gomme-gutte), le bleu (de cobalt ou de Prusse). Pour les physiciens, ce sont le rouge, le vert et le bleu. En effet, on obtient des verts relativement saturés par mélange de poudres colorées jaunes et bleues; mais il est impossible d’obtenir un vert saturé par superposition de radiations jaunes et bleues; on ne réalise que des verts blanchâtres, comme il résulte de l'inspection de la figure 206.

VISION DES INTENSITÉS ET DES COULEURS

Entre ces deux faits aucune contradiction : il suffit de trouver deux poudres colorées qui Tune et l’autre n’absorbent pas le vert et qui absorbent à elles deux toutes les autres radiations : la lumière émise sera verte et rien ne l’empêche d’être saturée. Or, en vertu de la-.théorie d’Young, une poudre peut être jaune en diffusant du vert et du rouge; une poudre peut être bleue en diffusant du violet et du vert. Donc rien n’empêche que le mélange de ces poudres diffuse du vert. Mais il serait erroné de croire que le vert résulte nécessairement du mélange d'une poudre jaune et d’une poudre bleue : il suffirait d’employer une matière bleue éteignant le vert pour que le résultat fût tout autre. Or c’est un pur hasard si les bleus usuels n’éteignent pas le vert. Du reste la teinte du vert obtenu par mélange varie beaucoup suivant la matière bleue qui intervient.

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