Daltonisme
i° — On appelle daltonisme les maladies de la vision colorée , en souvenir de Dalton qui rentrait dans ce cas et l’a fort bien décrit.
Le daltonisme extrême consiste généralement dans la cécité pour la sensation élémentaire rouge ( anérylhopsie ) ou la sensation élémentaire verte ( achloropsie ).
Comme les points figuratifs des sensations élémentaires- diffèrent peu des points P, Q , R, raisonnons comme s’ils coïncidaient.
L’œil insensible à la sensation P considère comme identiques toutes les couleurs situées sous une droite PB quelconque passant par B; elles ne diffèrent en effet que par la quantité relative de la couleur principale P qui par hypothèse n’est plus perçue.
Toutes ces couleurs ont même intensité pourvu que les quantités des couleurs Q et R restent les mêmes.
Toutes les sensations colorées de l’anérythope sont donc représentées sur la droite RA.
La sensation de blanc correspond à la droite entière PW.
Pour un œil sain, les couleurs qui se trouvent sur PW, de part et
VISION COLORÉE
d’autre du point W, sont complémentaires. Pour l’œil où la sensation P est abolie, elles se confondent. On peut donc trouver une série de couleurs complémentaires qui paraissent blanches au daltonien.
Tout ce qui précède s’applique miilcitis mutandis à Vachlorope.
2° — Qu’il soit anérythrope ou achlorope, le malade confond toutes les couleurs situées sur la droite PQ. Il ne voit pas les fraises au milieu de leurs feuilles; les oranges ne se distinguent pas davantage des feuilles qui les entourent.
Dans une collection d’écheveaux de laine de couleurs variées on désigne au malade un écheveau pourpre (point figuratif A).
On le prie d’assembler les écheveaux de teintes semblables
L’anérythrope confond les couleurs qui se trouvent sur la droite PA il associe donc au pourpre des teintes bleues.
L’ achlorope confond les couleurs qui se trouvent sur la droite OA; il associe donc au pourpre des teintes vertes.
Superposons du rouge P et du vert Q : pour un rapport convenable des intensités, nous réalisons l’équivalent du jaune spectral.
Donnons nous l'intensité de ce jaune; nous avons :
pV -V- qQ = ./ J.
Pour les yeux sains les coefficients p et q sont bien déterminés et à peu près les mêmes pour tous les observateurs. Pour l’anérythrope le coefficient p est indéterminé, pour l’achlorope c’est le coefficient q ; tandis que le coefficient q pour l’anérythrope et le coefficient p pour l’achlorope ont à peu près les mêmes valeurs que pour l’œil sain.
3° — L’absorption de 08r,60 de santonate de soude produit la cécité pour le bleu; la sensation R est abolie. Pour le malade toutes les teintes perceptibles sont obtenues par les mélanges de rouge P et' de vert Q.
Il confond avec du blanc les teintes de la droite RW, il voit donc blanc, des jaunes et des bleus. Mais connaissant les couleurs habituelles des objets, il énonce ses sensations en disant qu’il voit les blancs jaunes verdâtres.
Les aveugles pour le bleu sont plus rares que les aveugles pour le rouge ou le vert. La proportion des cas de cécité quasi complète est pour ces derniers de l’ordre de 1 à 2 pour 100. L’existence des cas extrêmes en proportion relative aussi notable amène à penser que la cécité partielle n’est pas rare; elle justifie ce que nous avons dit sur l'impossibilité des mesures absolues et de l’établissement précis d’une
332 VISION DES INTENSITÉS ET DES COULEURS
table des couleurs. Les équations du § 238 varient d’un observateur à l'autre.
4° — Cécité pour deux couleurs principales.
Il semble que certaines personnes n'ont aucune notion de couleurs : les objets sont pour elles plus ou moins lumineux, sans qu’elles puissent les distinguer autrement. Evidemment le monde perd dans ces conditions une bonne partie de son éclat.
Nous pouvons nous rendre compte très simplement des aspects que prennent alors les objets en éclairant une salle obscure à la lumière du sodium. On rend la flamme d’un bec Bunsen obscure par une arrivée d'air suffisante, on place dedans une baguette de verre : la flamme devient jaune, naturellement aussi les objets qu’elle éclaire.
Il est curieux d’observer un bouquet dans ces conditions. Les gens sont fort laids, encore plus que d’habitude, ce qui n’est pas peu dire.
En approchant une lampe on ramène peu à peu les couleurs accoutumées.