‹ Vision et reproduction des formes et des couleurs. Vision mono et binoculaire. Illusions d'optique. Photométrie. Théorie des couleurs. Photographie. Procédés d'impressionChapitre 246 sur 392 · Noir d’un cliché. Mesure thermo-électrique · texte numérisé non relu

Noir d’un cliché. Mesure thermo-électrique

1° — Voici comment on peut définir et mesurer d’une façon rationnelle le noir d’un cliché.

Utilisons un faisceau de lumière auquel nous ne demandons que d’être constant; supposons possible de déterminer son intensité.

Divisons 1a. plaque sensible en deux parties; impressionnons l’une d’elles; développons la plaque entière, fixons et séchons.

Sur le parcours du faisceau lumineux, interposons la partie non impressionnée; soit I0 l’intensité transmise.

Interposons la partie impressionnée; soit I (<I0) l’intensité transmise.

La mesure du noir est par convention le rapport :

Pour I=I0, N = 0; le noir est nul

Pour 1 = 0, N = 1 ; le noir a sa valeur maxima qui est 1 par convention.

L’unité en laquelle on mesure les intensités lumineuses est arbitraire.

Si le cliché développé se conduisait comme une lame absorbante homogène, le noir défini comme il vient d’être dit, dépendrait de la composition du faisceau lumineux auxiliaire, de sa longueur d’onde s’il est monochromatique. Mais l’observation microscopique montre le cliché constitué par des grains opaques, tel un écran percé de trous, ou encore une plaque de verre recouverte de grains de sable. L’opacité des grains étant complète au moins pour toutes les lumières visibles, il

PHOTOGRAPHIE AU GÉLA TIN OBROMURE D’ARGENT

suffit d’utiliser une telle lumière pour que le noir soit indépendant de la composition du faisceau lumineux auxiliaire.

2° — Il est commode de remplacer la mesure photométrique ordinaire par une mesure thermoélectrique. On utilise une pile thermoélectrique sensible et une source de chaleur dont on élimine les radiations les moins réfrangibles : il suffit d’interposer un espace plein d eau entre la

source et la pile. Les glaces, qui limitent cet espace, sont épaisses pour éliminer l’influence des variations possibles du verre servant de substratum à la couche sensible.

Gomme source de chaleur lumineuse, je conseille une lampe à pétrole à mèche circulaire; le niveau du pétrole est maintenu constant par vase de Mariotte.

La pile thermoélectrique (bismuth-antimoine) est disposée dans une double enceinte en fer-blanc composée de deux boîtes cylindriques soudées l’une à l’autre. Dans les parois sont percées deux fenêtres en regard l’une de l’autre, sur lesquelles sont golazées les glaces G. L'intervalle entre les cylindres est plein d’eau, ou parcouru par un lent courant d’eau. Un écran métallique fixe est en avant de la double fenêtre; devant lui se trouve le cliché CG à étudier. La lampe est sur la droite LP aune

distance de l’ordre de 50 centimètres. Une guillotine horizontale mobile EE tirée par un caoutchouc et qu’on manœuvre de loin, permet de découvrir le cliché et la pile, puis de refermer la fenêtre.

On mesure l’intensité des faisceaux calorifiques par la première élongation de l'aiguille d’un galvanomètre balistique. L’aiguille était au repos, on ouvre la fenêtre, on détermine l’élongation maxima, puis on referme aussitôt (§ 152).

Pour réarmer la guillotine, on interpose un écran opaque.

D’une expérience à l’autre, on change la position du cliché ; on amène ainsi successivement devant la fenêtre les régions dont on veut comparer les noirs. J’ai employé cette méthode il y a une vingtaine d’années; elle donne des résultats très réguliers; elle est indépendante de la sensibilité de l’œil. L’appareil peut être construit avec ce que renferment habituellement les laboratoires.

3° — On peut lui substituer un photomètre quelconque, par exemple à œil de chat (§ 112); mais la sensibilité de l’œil intervient; la précision esLbien moindre.

Pour la comparaison des noirs les photographes utilisent des méthodes sans signification précise; par exemple, ils réalisent à l’encre de Chine une échelle de noirs aux termes de laquelle ils comparent le noir du cliché.

Le noir ne peut être correctement défini qu’à l’aide d’un photomètre quel qu’il soit. Je reviendrai plus loin sur d’autres définitions numériques possibles (§ 370).

277. Classification des plaques. Plaques ortho et panchromatiques.

On classe les plaques à deux points de vue : suivant leur sensibilité pour une radiation déterminée, suivant leurs sensibilités relatives pour les diverses radiations.

1° — Plaques ordinaires.

Les plaques ordinaires sont de sensibilités très variables suivant le mode de fabrication. Généralement les grains sont d’autant plus gros que la Sensibilité est plus grande; cependant on fabrique aujourd’hui des plaques ultra-sensibles à grains petits.

Chaque fois que le genre de travail le permet, il faut employer des plaques lentes; on évite ainsi maintes causes de voile. Des précautions minutieuses ne sont plus nécessaires pendant les manipulations, en particulier pendant le développement.

Au surplus ces plaques ont le grain tin et sont plus homogènes.

Pour fixer les idées, non certes sur la réalité, mais sur ce qu’annoncent les fabricants, voici les sensibilités des cinq marques de l’un d’eux.

Il les désigne par les lettres de l’alphabet :

noms A B C D E

sensibilités 1 3 15 45 105

PHOTOGRAPHIE AU GÉLA TINOBR O MURE D'ARGENT 36Î

En vertu des faits que nous verrons plus loin, un tel classement numérique n’a pas de sens précis (§ 359).

La sensibilité des plaques est très variable avec la longueur d'onde des radiations employées. Photographions un spectre normal pur obtenu à partir d’une lumière blanche (§ 120). Pour chaque temps de pose et chaque intensité, nous pouvons construire une courbe en portant en abscisses les longueurs d’onde et en ordonnées les noirs corres¬

pondants; la figure 230 représente schématiquement les résultats. Pour les plaques ordinaires au gélatinobromure, la courbe se détache de Taxe des abscisses pour les radiations dont les X sont inférieurs à 0l, 55, s’élève rapidement quand X décroît, présente un maximum au voisinage de Xr^OS^, et se rapproche lentement de Taxe des abscisses.

La forme varie d’ailleurs beaucoup suivant les procédés de fabrication.

Les rouges, orangés et jaunes ne produisent donc aucun effet.

D’où la possibilité de développer en s’éclairant avec du rouge obtenu pâr transmission à travers un verre coloré. Les verres rouges laissant ordinairement passer les violets, pour plus de sécurité on leur superpose un verre jaune.

2° — La détermination rationnelle de la sensibilité des plaques exige l’obtention d’un éclairement connu en valeur absolue et la mesure d’un noir, après développement dans des conditions bien déterminées.

On utilise, par exemple, une lampe Carcel (§ 140) qu’on fait agir un temps connu sur le cliché placé à une distance connue; on fixe ainsi en unités absolues les conditions d’exposition. On développe au fer (c’est le révélateur qu’on réalise le plus aisément semblable à lui-même) pendant cinq minutes par exemple: on détermine le noir.

Nous verrons plus loin (§ 359) quelles difficultés insurmontables les lois photochimiques opposent à la détermination en nombres absolus de la sensibilité des plaques, et pourquoi les indications fournies par les fabricants ne signifient rien, sinon comme vague renseignement à l’usage des amateurs.

3° — Plaques ortho et panchromatiques.

L’expérience montre qu’en plongeant les plaques ordinaires dans des

solutions d’éosine, de fluorescéine, de fuchsine, de violet de méthyle, de vert malachite, de bleu d’aniline, etc., etc., autant dire dans une solution colorée organique quelconque, on modifie les sensibilités relatives pour les diverses radiations.

Le maximum de sensibilité restant toujours dans le bleu , on rend la plaque plus ou moins sensible pour le rouge et l’orangé. Au surplus la courbe des sensibilités présente toujours des oscillations notables et très variables suivant le sensibilisateur (voir la courbe ondulée de la figure 230).

Les plaques ainsi modifiées s’appellent ortho-iso-panchromatiques, on n’a jamais su pourquoi, puisqu’elles sont si loin d’avoir pour les diverses radiations des sensibilités relatives comparables à celles de la rétine que, pour conserver vaguement aux couleurs leurs importances relatives, il est indispensable de photographier à travers un verre jaune diminuant l’actioii de la partie la plus réfrangible du spectre. On le place contre l’objectif dans la chambre noire.

Ces plaques sont indispensables pour obtenir des paysages qui ne soient pas horribles. Pour les plaques ordinaires insensibles aux jaunes, tous les verts ont même valeur; les prairies et les forêts se fondent dans le même plat d’épinard. Les plaques ortho-iso-panchromatiques, grâce au jaune, qu’elles font intervenir, séparent les verts les uns des autres.

On a d’abord énoncé une loi d’apparence simple touchant l’action des sensibilisateurs colorés : une matière sensibilise pour les rayons quelle absorbe. Celle loi est du type des lois sonores qui ne signifient rien. L’expérience montre qu’une matière peut absorber certaines radiations sans rendre la plaque sensible pour elles. Il faudrait donc se contenter de l’énoncé plus modeste : une matière ne sensibilise que pour une partie des rayons qu'elle absorbe , énoncé qui est évident a priori et laisse la marge à toutes les incertitudes.

On pourrait cependant lui chercher un intérêt en mesurant les coefficients d’absorption des matières colorées et les comparant aux sensibilités; malheureusement nous verrons qu’il est impossible de définir les sensibilités par un nombre. Je demande donc sur quoi porterait la comparaison numérique.

Malheureusement c’est par de telles lois qu’on devient célèbre auprès des imbéciles; elles rentrent dans la catégorie des grandes idées que je ne cesse pas de trouver saugrenues.

Les plaques isochromatiques étant impressionnées à travers un verre jaune exigent une pose considérable.

Vu la sensibilité plus uniforme des plaques, il est bon dans l’agencement du laboratoire de se méfier des verres rouges ordinaires et de développer dans une quasi-obscurité.

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