‹ Vision et reproduction des formes et des couleurs. Vision mono et binoculaire. Illusions d'optique. Photométrie. Théorie des couleurs. Photographie. Procédés d'impressionChapitre 27 sur 392 · Changement de ligne visuelle · texte numérisé non relu

Changement de ligne visuelle

S’il est possible de comparer des longueurs et des angles même lorsque la rétine est immobile , autrement dit s’il est possible de comparer en vision indirecte , les comparaisons précises impliquent toujours un mouvement de l’œil. Nous nous servons de la rétine comme d’un compas , en faisant tomber successivement les images à comparer sur les mêmes points de la rétine, nous vérifions si les sensations sont les mêmes. Par exemple on demande si le segment de droite AB est égal au segment de droite parallèle ab. Nous fixons alternativement le milieu M de AB et le milieu m de ab; nous cherchons à déterminer si dans les deux cas les images de A, B; a, b; se font respectivement aux mêmes points de la rétine.

VISION DES FORMES

Cette opération suppose que nous pouvons sans tâtonnement amener successivement sur la fovea les images de M et de m.

Voyons ce que dit l’expérience.

2° — On fixe M; on veut fixer m qui est actuellement en vision indirecte.

L’éducation nous donne la connaissance du degré d' innervation nécessaire pour effectuer le passage. De l’innervation résulte la contraction des muscles et le changement d’orientation de l’œil, dans les conditions habituelles de fonctionnement de l'organe. Pour vérifier à quel point le passage peut être rapide, le lecteur étudiera les mouvements de ses yeux quand il copie une page de chiffres placés à côté de lui. S’il est pianiste, il remarquera avec quelle promptitude son regard passe d’un point de la page de musique à ses doigts, et inversement.

Si quelque chose vient à notre insu fausser la relation habituelle entre l’innervation et la contraction, nous continuons à innerver comme si cette circonstance accidentelle n’existait pas; d’où de curieuses expériences.

Par exemple, à un malade paralysé du muscle droit externe de l’œil droit (muscle qui tire l’œil vers le dehors), on dit de fermer l’œil gauche et de regarder à droite avec son œil droit. Naturellement l’œil reste immobile en raison de la paralysie; mais le malade qui a innervé, croit avoir exécuté le mouvement. Les images ne se déplacent pas sur la rétine; cependant le malade, qui croit avoir tourné la ligne visuelle vers la droite, voit les objets se déplacer dans ce sens : ils participent au mouvement (inexistant) qu’il attribue au globe de l’œil. Prié d’avancer rapidement le doigt vers un objet situé à droite et n’ayant pas le temps de se guider sur l’image du doigt, il le porte trop à droite.

Nous apprécions donc l’angle de deux lignes visuelles par l’effort de volonté nécessaire pour passer de l’une à l’autre.

Il n’y a rien là que de très ordinaire; ce sont des phénomènes bien connus du pianiste. Avec une précision surprenante il lance son bras et son doigt à la distance nécessaire pour atteindre une touche du clavier; il y réussit dans les conditions normales. Mais qu’il attache par un caoutchouc son poignet à sa ceinture : il se trompe parce que le degré d’innervation devient insuffisant. C’est non pas à la contraction actuelle des muscles qu’il juge de la position du bras, mais à l’intensité de l’ordre qu’il a donné pour passer d’une position connue à la position actuelle. Si pour une raison quelconque l’ordre était insuffisant ou exagéré, la position actuelle est erronée. C’est ce qui arrive quand on alourdit le bras ou les doigts (bagues d’exercice) ou qu’on crée des gênes inhabituelles.

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