Autres expériences de Moser
1° — Un grand nombre d’expériences rentrent dans le principe suivant : Deux corps quelconques mis en présence et suffisamment rapprochés impriment U un sur Vautre leurs images.
Il n’est évidemment pas possible d’invoquer la lumière (du moins celle que nous connaissons), puisque les expériences se font à l’abri de toute lumière, dans une chambre noire ou dans une boîte close.
Voici d’abord deux faits connus depuis longtemps.
Quand on ouvre le fond d’une montre, on est encore séparé des rouages par un second fond qu’on appelle cuvette; les faces en regard des deux fonds sont à une distance de quelques dixièmes de millimètres. Or, on voit souvent reproduites sur le fond les indications gravées sur la cuvette.
Parfois l’image d’une gravure se forme sur la glace qui la recouvre sans la toucher. On obtient la même image sur le cuivre, le laiton et l’or. Au contact les images se formant très vite ; elles ne résistent pas au frottement. . ..
Ici l’image est visible; le plus souvent il faut le déceler au moyen d'une vapeur (vapeur d’eau ou de mercure).
Sur une plaque d’argent, iodée comme .pour obtenir l’image daguerrienne, on place dans l'obscurité une plaque d’agate taillée en creux, une plaque de métal gravé, une bague d’écaille,... On expose aux vapeurs de mercure : on voit apparaître une image distincte des figures de l'agate, des caractères de la plaque,...
2° — L’explication proposée par Fizeau repose sur l'existence de la plupart des corps de matières grasses volatiles, dont la quantité varie avec la configuration des reliefs et des creux. Elles s’évaporent et se •condensent sur les corps voisins en fournissant une image.
Voici les preuves en faveur de cette théorie.
a) Un corps ne donne pas successivement un nombre indéfini d’images.
PROCÉDÉS ET ACTIONS DIVERSES
Son pouvoir s’affaiblit peu à peu, surtout s'il est compact comme les métaux; on l’annule en chauffant le corps à une température assez élevée. . ' '
b) Lorsque le corps a perdu son pouvoir de reproduction, on le lui rend en passant les doigts à la surface, ou en le frottant avec les poils d’un animal vivant, poils toujours enduits de suint.
c) En élevant la température du corps à reproduire, on diminue le temps nécessaire à la formation de l’image, en rendant plus volatils les corps qui le recouvrent.
d) Une surface polie, qui a reçu à distance l’image d’un corps, est capable de la passer à une autre surface polie placée au voisinage.
On obtient ainsi une image secondaire, tertiaire,...
é) On annule l’action par interposition d’un mica même très mince.
3° — Loin de lui être contradictoire, l’explication de Waidelé complète celle de Fizeau.
Sur une plaque d’argent polie, on place pendant quelques minutes un poinçon d’acier gravé; on l’enlève, on expose la plaque à la vapeur de mercure. Elle se condense plus fortement sur les endroits touchés par le poinçon, endroits qui correspondent à ses reliefs.
On recommence l’expérience après avoir laissé pendant longtemps le poinçon dans de la poudre de charbon saturée de CO2. La vapeur se condense sur les parties non touchées par le poinçon, parties qui se trouvaient sous ses creux.
Des expériences analogues conduisentaux résultats généraux suivants.
La plaque ou le poinçon peuvent être saturés ou privés de gaz. S’ils se trouvent dans des états opposés, l’image vient rapidement; elle est très visible. S’ils se trouvent dans le même état, leur influence mutuelle est quasi nulle. La vapeur s’attache aux parties de la plaque qui sont sous les creux ou sous les reliefs du poinçon, suivant que la plaque est d’abord privée ou saturée de gaz. Naturellement on a tous les états intermédiaires suivant l’intensité des préparations relatives de la plaque et du poinçon.
Voici une dernière expérience.
Un poinçon est saturé de gaz carbonique par son séjour dans la poudre de charbon. On le pose successivement pendant une demi-heure sur six plaques d’argent polies et préparées de même. Les trois premières exposées à la vapeur du mercure montrent son image, mais avec une intensité décroissante; la quatrième fournit une vague silhouette par insufflation, les deux autres ne donnent rien.
4° — Moser avait prétendu que l'action daguerrienne ne relevait pas de la chimie, étant absolument générale et provenant seulement de la modification des propriétés physiques de la surface.
Waidelé fait l’expérience suivante.
Sur une plaque d’argent iodurée on pose dans l’obscurité une pièce de monnaie. Après quelque temps, l'image peut être développée à la
vapeur d’eau, d’iode ou de mercure. Il y a modification physique de la surface.
Une autre plaque d’argent iodurée est exposée dans la chambre noire. L’image n’apparaît que sous l’influence de la vapeur de mercure. Il peut y avoir modification physique de la surface , mais elle est trop faible pour se déceler à la vapeur d’eau; seule la modification donnant lieu à une réaction chimique est décelable.
Enfin exposons une plaque iodurée à la lumière, retournons dans la chambre noire ; avant de développer à la vapeur de mercure, plaçons dessus une pièce de monnaie pendant un temps suffisant. Nous pouvons créer deux tendances inverses pour la vapeur de mercure, et en un sens annuler l’effet de la lumière.