Procédé Ducos du Hauron par soustraction
— Le procédé consiste essentiellement à superposer trois épreuves monochromes (rouge, jaune, bleue) obtenues à travers trois verres de couleurs convenables. Pour fixer les idées du lecteur et débrouiller une question complexe, qu’on se représente trois images de traits identiques, obtenues sur un substratum transparent mince (tel que la gélatine ou le celluloïd), coloriées respectivement en rouge, jaune et bleu, enfin superposées. On demande à quelle condition un tel système est capable de reproduire les couleurs d’un objet, quand il est vu par transparence, c’est-à-dire quand chaque couche colorée agit par soustraction (§216).
Les épreuves monochromes qu’utilise Ducos de Hauron sont des photographies au charbon.
Il est difficile de comprendre, non certes que le procédé Ducos du Hauron soit absolument incapable de reproduire exactement les couleurs, mais qu’il puisse donner quelque chose ayant avec les couleurs du modèle une vague ressemblance.
Pour y parvenir énonçons d’abord quelques propositions.
а) La couche de gélatine d’une épreuve au charbon est plus épaisse dans les parties qui correspondent aux blancs du négatif qui la donne par contact, par suite aux noirs du modèle. Il faut se rappeler que l’épreuve est censément faite en noir, au charbon ; si l’on emploie de la sanguine, par exemple, à la place du charbon, les rouges intenses représentent censément les noirs de l’objet.
б) Quand on regarde un fond blanc à travers une couche rouge, il ne faut pas dire qu’on reçoit du rouge; il faut dire qu’on reçoit du blanc plus ou moins privé des radiations qui ne sont pas rouges.
La suite montre que c’est bien là le seul énoncé correct; la coloration est obtenue par^soustraclion.
Quand on regarde un fond blanc à travers la superposition d’une couche rouge et d’une couche verte, on est bien obligé de dire, conformément à l’énoncé précédent, qu’on reçoit du blanc plus ou moins
privé par la couche rouge des radiations qui ne sont pas rouges, plus ou moins privé par la couche verte des radiations qui ne sont pas vertes : en définitive le blanc est plus ou moins dépouillé de vert et de violet par la couche rouge, de rouge et de violet par la couche verte. Dans la lumière transmise il y a des chances pour que le bleu et le violet soient absents. Quant à la teinte résultante, nous pouvons dire seulement que, suivant l’épaisseur des couches, elle ira par la série des teintes intermédiaires du rouge lavé au vert lavé.
Quand on regarde un fond blanc à travers la superposition de trois couches rouge, jaune, bleue, ou rouge, verte, blèue, on reçoit du blanc plus ou moins privé de ce qui n’est pas rouge, de ce qui n’est pas jaune, de ce qui n’est pas bleu. Suivant les épaisseurs relatives des couches, on aura toutes les couleurs plus'ou moins lavées, sans qu’il soit humainement possible de prévoir ce qu’on obtiendra.
2° — Pour fixer les idées et simplifier la discusion, supposons que les couleurs de 1 objet soient réduites à trois : le rouge, le vert, le bleu, juxtaposées d’une manière quelconque. Supposons d’autre part que nos couches soient parfaitement transparentes pour les couleurs correspondantes et suivant leurs épaisseurs plus ou moins opaques pour les autres.
Pour commencer posons que l’objet est rouge ; cherchons à quelle condition on le verra rouge dans la superposition des trois couches images rouge, verte et bleue. Il est bien évident que les couches verte et bleue doivent avoir une épaisseur faible, et que la couche rouge doit avoir une épaisseur suffisante, sans quoi le rouge serait trop lavé de blanc. Si l’objet est formé de trois parties R, V, B, qui sont respectivement rouge, verte et bleue, les trois couches ne doivent avoir d’épaisseur sensible : la première que dans les parties qui sont les images de la portion R de l’objet, la seconde dans les parties qui sont images, de V, la troisième dans les parties qui sont image de B.
3° — Ceci posé, opérons par la méthode ordinaire au charbon, en colorant la gélatine de manière à réaliser successivement nos trois couches. Nous savons, que les grandes épaisseurs d’une couche correspondent aux parties sombres de l’objet. D’autre part la couche rouge doit avoir sa grande épaisseur là où l’objet est rouge. Pour obtenir cette couche, nous devons donc photographier l’objet en l'éclairant avec de la lumière à la fois verte et bleue qui ne laissera sombres que les parties rouges. Autrement dit, pour obtenir la couche rouge, nous devons éclairer l’objet avec de la lumière complémentaire du rouge qui colore la couche.
Nous supposons le cas extrême : objet formé de trois parties respectivement rouge, verte et bleu. Nous avons alors trois couches colorées dont l’épaisseur est nulle-sauf aux parties de même couleur sur l’objet. Nous admettons la possibilité des demi-teintes monochromes.
Généralisons : voici le principe de la méthode Ducos du Hauron.
On obtient trois négatifs en éclairant l’objet avec trois couleurs com-
plexes que nous appellerons a, (3, y. On réalise trois positifs avec de la gélatine colorée par les couleurs complémentaires a\ b, c. On superpose les trois positifs. On a par transparence une épreuve colorée où il nest pas impossible de reconnaître les couleurs de V objet.
Voici ce que nous apprend la théorie; elle prouve amplement l’impossibilité pratique d’obtenir quoi que ce soit de conforme à l’objet.
Nous allons voir que la technique rend le résultat encore plus incertain.
Remarquons en passant qu’aux noirs francs de l’objet doivent correspondre sur les trois couches des épaisseurs notables; par leur superposition, elles suppriment la lumière blanche.