Exemple de travail académique
1° — Il est essentiel de nous rendre compte de la difficulté des expériences pour ne pas admettre sans discussion les lois simplistes qu’on propose de temps à autre.
Je citerai d’abord un exemple caractéristique de travail académique.
G. Lemoine étudie l’action de la lumière sur le mélange de perchlorure de fer et d’acide oxalique en solution aqueuse :
Fe2Cl6 -h (COOH)2 = 2FeCl2 2HC1 h- 2C02.
Pour doser le chlorure ferreux, il traite la solution exposée à la lumière par du carbonate de chaux qui fixe l’excès des réactifs, puis par le permanganate de potassium titré.
G. Lemoine déclare que la décomposition chimique , au moins comme première approximation , est proportionnelle à l’intensité lumineuse.
Voici les quantités trouvées et calculées.
Quantités trouvées 0,54 0,251 J), 146
Quantités calculées 0,50 0,25 0,125
Erreur 8 p. 100 terme de comparaison 17 p. 100
On nous présente donc comme première approximation une loi vérifiée par deux expériences, dont les résultats diffèrent respectivement de 8 et de 17 p. 100 de ce qu'ils devraient être. Tous les expérimentateurs dignes de ce nom trouvent au contraire qu’il n’y a pas proportionnalité : le plus souvent la quantité de matière décomposée croît moins vite que V intensité ; nous en verrons du reste la raison.
« L’expérience montre, ajoute G. Lemoine, que la réaction n’éprouve pas sensiblement de retard au début et qu’elle cesse, ou à très peu près, avec la suppression de la lumière. Des déterminations comparatives faites avec une lumière continue ou intermittente donnent les mêmes résultats si la durée totale de l’insolation effective est la même. »
Voici par curiosité les nombres qui établissent la « loi ».
LOIS DES ACTIONS PHOTOCHIMIQUES lemps de pose 20 minutes; durée d’interruption 1 minute.
Éclairement continu 485 , 365 — discontinu 445
moyenne 425 moyenne 445
La moyenne 425 est très peu inférieure 445, ajoute notre savant
Ces expériences ne prouvent évidemment rien ; nous verrons que sans
aucun doute les interruptions influent sur te résultat ; mais les^héno-
menes préparatoires ou qui se produisent une fois la lumière enlevée
es duiees extrêmement variables suivant le réactif dont on se sert et la manière de l’employer.
Reportez-vous maintenant au résumé que donne le Journal de Physique du mémoire de G. Lemoine (3' série, tome VI).
Dongier nous apprend sans atténuation que : la décomposition est proportionnelle à l’intensité; la réaction ne dure que le temps de l’insolation.
Voila comment on fait des mémoires, comment on les analyse et comment les vérités scientifiques passent dans l’enseignement l J ... — - J fnsi®te, non certes pour le plaisir trop facile de montrer
hmnlelhgence d un membre de l’Institut, mais parce qu’il est souhaiable que les physiciens ne continuent pas à perdre leur temps II y a près de vingt-cinq ans que, dans un mémoire Sur tes actions photoalaphiques, je les mettais en garde contre les lois simples : elles son l ici tellement invraisemblables que, pour les admettre, il faudrait des preuves convaincantes et multipliées. L'intérêt de la question n’est pas dans énoncé dune action photochimique de plus (nous les connaissons pai centaines), ni dans la détermination chimique des corps qui se produisent (c’est l’affaire du chimiste et non du physicien), ni dans la construchon de photomètres absolus (ils ne le sont pas ni ne peuvent
L intérêt de la question réside précisément dans ces problèmes que Lr. Lemoine résout avec la maestria qu’on a vue.
Comment varie la réaction quand l’intensité varie? dans quels cas
s emballe- t-elle et pour quelle cause? dans quels cas se limite-t-elle automatiquement?
Comment influent les interruptions? Existe-t-il une sorte de température chimique, ainsi que mon travail me conduisait à le poser?
Pour quelles raisons certaines radiations agissent-elles après certaines autres et non-avant? etc., etc....
Pour résoudre ces problèmes, il faut beaucoup de conscience de lemps et d’habileté. Il faut surtout planter là les méthodes de mesure approximatives et mal définies. Je vais montrer pour quelles raisons ils se posent comme je viens de le dire; je résumerai ensuite mon mémoire qui, bien que ou parce que refusé comme thèse par ces messieurs de la Sorbonne, est un travail honnête et, j’ose dire, intelligent.