Gravure au burin et à, la pointe sèche
1° — Le burin du graveur est une tige d’acier de section carrée ou losange, dont le côté a quelques millimètres de longueur. Contre une pierre dure huilée, on affûte une troncature symétrique sur un des angles :
pour une longueur donnée du côté, on obtient une pointe d’autant plus aiguë que la troncature est plus inclinée (fig. 256). La soie du burin est tenue dans un manche en forme de demichampignon, de manière à ne pas gêner quand on veut amener l’outil au quasi-parallélisme avec la planche à graver.
Le graveur arme son œil d’une loupe qu’il tient comme un monocle.
En appuyant la pointe sur une plaque de métal relativement mou (du cuivre rouge généralement) et poussant en avant, il creuse une taille.
C'est un sillon de section droite triangulaire d autant plus profond que le graveur lève davantage le poignet, d autant plus superficiel qu’il tient l’outil plus horizontal. Il enlève aingi un copeau. La planche est posée sur un coussin de cuir; pour obtenir les tailles courbes, le graveur la fait tourner de la main gauche.
On abat les barbes avec un grattoir ; on creuse les tailles avec des burins aigus (rentrées).
Les tailles droites ou courbes sont diversement entre-croisées suivant la nature de l’objet à représenter. On ajoute des points pour les demi-
teintes. La figure hors texte ci-contre donne la reproduction en gravure au burin pur.
Le métier consiste à choisir la forme des tailles , les angles sous lesquels elles s entre-croisent, leur largeur et leur espacement. Ainsi les tailles à angle droit donnent un effet dur; les tailles en losanges sont d une apparence plus agréable. On se sert aussi de points pour établir une transition entre les lumières et les ombres. Certains artistes ont
produit des gravures au burin entièrement en pointillé; l'effet n'en est guère heureux.
2° — Préparation de la planche.
La planche sur laquelle travaille l’artiste est généralement une plaque de cuivre de 2 à 4 millimètres d’épaisseur, battue à froid puis planée . Les bords sont taillés en biseau pour faciliter le passage sous la presse. On ne travaille pas tout de suite au burin sur la planche nue. On dessine d’abord très légèrement avec une pointe, ou bien on calque sur la planche recouverte de vernis; on repasse à la pointe pour découvrir le métal.
C’est alors seulement que commence le travail au burin.
A mesure qu’il avance, l’artiste fait des épreuves d’état pour juger de l’effet produit. Les épreuves tirées avant la lettre (la gravure finie et avant qu’on n’ait mis le titre et les indications d’usage) ont une valeur plus grande censément parce que la planche est supposée neuve, par conséquent non usée. Du reste la plus-value est éminemment conventionnelle, nous allons voir pourquoi.
3° — Galvanos.
L’essuyage après l’encrage et la pression considérable du cylindre de la presse usent et laminent le cuivre en bouchant peu à peu les tailles.
. Ap rès quelques milliers d’exemplaires (plus ou moins suivant la profondeur du travail), les finesses ont disparu; seules les tailles les plus creuses restent apparentes; l’épreuve prend un aspect dur, dépouillé.
Pour s’assurer la possibilité d’un grand tirage et ménager la planche originale, on en fait, avant tout tirage, une reproduction ou cliché qui, dans le cas particulier, est communément appelé galvano (voir mon Cours de Magnétisme et d' Électricité, III, § 237).
Ainsi le tirage s’effectue le plus souvent, non sur la planche originale qui demeure intacte, mais sur le galvano. Quand un premier galvano est usé, on en fait un second, et ainsi de suite, autant qu’il est nécessaire.
Toutefois les tirages artistiques et de luxe, à nombre limité, se font généralement sur la planche originale qui donne toujours, surtout quand elle n’a pas été aciérée , plus d’effet et de finesse que le galvano.
Aciérer une planche de cuivre, c’est lui donner plus de résistance au tirage en le couvrant d’une mince couche de fer, de grain fin et très solide, à l’aide d’un bain de chlorure de fer dissous dans l’ammoniaque. 4° — Pointe sèche. Roulette.
La gravure à la pointe sèche ne diffère delà gravure au burin que par la forme de l’outil qui est plus petit et avec lequel on obtient des tailles peu profondes et des effets très doux.
Phares sont les gravures au burin qui ne sont pas complétées par la pointe sèche; les aquafortistes (§ 376) s’en servent pour certains travaux délicats qu’ils n’osent confier à l’acide. Quelques artistes l’emploient exclusivement. -
REPRODUCTION ET IMPRESSION EN CREUX
ba roulette est une sorte de molette d’éperon avec laquelle on obtient un pointillé.
5° — Effaçage.
L efïaçage se fait de diverses manières.
On peut frotter la surface avec une sorte de tige conique recourbée appelée brunissoir. Le brunissoir étale le cuivre et rétrécit plus ou moins
la taille. Il n enlève pas le métal, mais se borne à changer sa distribution.
On peut encore user le métal, soit en le frottant avec du charbon de saule imprégné d’eau, soit en se servant d’un grattoir.
Si 1 usure a été assez profonde, il faut repousser le cuivre en frappant la planche à l’envers avec un marteau.