‹ Vision et reproduction des formes et des couleurs. Vision mono et binoculaire. Illusions d'optique. Photométrie. Théorie des couleurs. Photographie. Procédés d'impressionChapitre 36 sur 392 · Éducation des aveugles-nés · texte numérisé non relu

Éducation des aveugles-nés

Fort heureusement le cas précédemment étudié des aveugles sourds et muets n est pas le cas général. Le plus souvent l’aveugle entend et parle, ce qui lacilite singulièrement son éducation. Il me paraît utile de donner quelques précisions à cet égard, les erreurs grossières sur le rôle indispensable de la vision pour la vie intellectuelle étant trop fréquentes encore. On s imagine les aveugles comme entièrement

Physique. — II. Bouasse. 5

VISION DES FORMES

séparés du monde des voyants, ce qui est faux et malheureusement préjudiciable aux aveugles mêmes.

1° — Depuis que le monde existe, il y a des aveugles; ils sont même proportionnellement plus nombreux chez les peuples pour lesquels l’hygiène et la propreté sont rudimentaires : la cécité est une plaie du monde arabe. Depuis toujours les aveugles cherchent à diminuer les inconvénients de leurs ténèbres. Mais c’est à Valentin Haüy (le frère, du minéralogiste René Haüy) qu’on doit le premier effort pour coordonner leurs menues trouvailles antérieures.

Il partit de ce fait que les renseignements dus au toucher se multiplient chez les aveugles : il songea donc à leur apprendre à lire par les doigts. Il remarqua que l’épreuve d’imprimerie à la brosse (obtenue en frappant le papier avec une brosse) porte au verso un relief assez accentué. Il fit donc fondre des caractères directs (et non retournés,

§ 387) ; il imprima dessus sans encre , mais avec du papier mouillé et après interposition de feutres permettant le bourrage. Il obtint ainsi un gaufrage (à propos du clichage, voirie § 397) que son élève Lesueur (celui que montre à ses pieds la statue bien connue) apprit à lire en quelques mois.

Ceci se passait vers 1783.

Il avait ainsi résolu le problème de la lecture; mais il échoua sur celui de l’écriture. Les aveugles peuvent à la rigueur écrire à la mode ordinaire en se servant pour leur main de guides convenables; mais ils sont incapables de se relire faute de relief.

Je ne retracerai pas les vicissitudes de l’école fondée par Haüy qui mourut en 1822 retiré et parfaitement dédaigné.

2° — Ce fut l’aveugle Braille qui, vers 1823, donna le second élan à l’éducation des aveugles par l’invention de son alphabet. Les lettres résultent de la combinaison de points alignés verticalement et horizontalement, repoussés avec un poinçon dans du papier fort. On écrit en creux de droite à gauche, on lit en relief de gauche à droite.

Une plaque en zinc est réglée de sillons (2mm,5 d’équidistance; lmm de profondeur) et munie d’un cadre de bois. Sur le cadre on adapte une grille, lame de laiton percée dans le sens de la longueur de deux bandes

de 26 trous rectangulaires, formant deux lignes de 26 lettres. Les bords des trous portent six coches parfois supprimées.

La grille est fixée sur le cadre par une saillie du métal entrant dans une série d’entailles creusées dans le bois. Entre la plaque de zinc et la grille, on place Fig. 36. le papier épais et résistant. A l’aide d'un

poinçon émoussé, on fait au niveau des coches de chaque trou de la grille, le nombre de points nécessaires à la représentation d’une lettre. Quànd les deux lignes sont écrites, on reporte la grille plus bas.

CONNAISSANCE DU MONDE EXTÉRIEUR

L’inconvénient de ce système est d’être relativement lent, d’occuper beaucoup de place (chaque lettre prend 6 x 11mm2 ); enfin les livres s’usent par la lecture, quelle que soit la délicatesse du toucher»

La figure 37 donne l’alphabet Braille. Les petits points indiquent la position des coches sur les bords des trous de la grille; les gros représentent les trous de poinçon.

Les dix piemières lettres de 1 alphabet sont figurées par dix signes

Alphabet Braille

be

fe

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