Lithographie en couleurs (chromos
1 0 — Les chromos sont obtenues en tirant successivement chaque couleur au moyen d’une pierre spéciale; le papier passe ordinairement de 5 à 10 fois (même pour des étiquettes) et jusqu’à 18 fois sous la presse.
L’artiste fournit une aquarelle; on en décalque un trait reproduisant les contours, les taches de couleurs et les modelés. On reporte ce trait sur autant de pierres qu’on veut mettre de couleurs : on use pour cela d’une encre peu adhérente qui partira d’elle-même sous l’action de l’eau acidulée quand on préparera la pierre.
C’est alors qu’intervient le travail du chromiste. Celui-ci doit connaître les réactions des couleurs posées les unes à côté des autres (contrastes) et les unes sur les autres; si à grand’peine nous pouvons expliquer
IMPRESSION SUR UNE SURFACE QUASI PLANE
scientifiquement le résultat, le chromiste s’en remet à son expérience.
2° Le chromiste couvre d’encre grasse lithographique (noire, mais peu importe) la partie de la pierre qu’il juge devoir remplir de chaque couleur; ces régions peuvent empiéter les unes sur les autres. Si la superposition des couleurs équivalait à leur mélange au sens du § 211, l’ordre d’impression des couleurs n’interviendrait pas. L’expérience montre qu il n est pas indifférent. Les résultats ne sont pas les mêmes quand on le modifie; il varie suivant l’artiste.
Voici un ordre possible pour 10 couleurs : jaune, vermillon, chair, bleu pâle, bleu foncé, rose, bistre clair, gris clair, gris foncé, bistre foncé.
En voici un autre pour 12 couleurs : bronze, bronze argent, bleu foncé, bleu clair, jaune, vert, chair, rose, rouge, teinte neutre, brun, noir.
Ils n ont a peu près de commun que la marche vers les tons foncés.
Pour fixer les idées, les anciennes boîtes d’allumettes portaient une vignette tirée en jaune, chair, rouge, bleu, bistre foncé; parfois même on en ramenait le nombre à 4, en supprimant le bistre : le bleu faisait les contours (traits de force). Avec 6 couleurs (jaune, chair, rouge, bleu, bistre foncé, gris), on obtient une illusion de gamme complète.
Pour les dégradés, on use de la superposition des teintes plates de diverses couleurs; pour les chairs, on préfère le pointillé. On l’obtient à la plume dans les travaux soignés, ou par des procédés plus rapides; ils consistent à appliquer sur la pierre une surface grenue chargée d’encre grasse et qu’on appuie plus ou moins.
La chromolithographie peut être exécutée d’après les mêmes principes avec des crayons lithographiques sur des pierres grainées.
3° — Les couleurs d’impression sont comme le noir des vernis (huile de lin rendue siccative par chauffage en présence d’une matière oxydante) auxquels on mélange des couleurs finement broyées.
La grande difficulté de l’impression réside dans le repérage. La feuille de papier doit passer 10, 12 fois... sous la presse; elle doit occuper sur chaque pierre une position exactement déterminée si l’on veut éviter que les couleurs ne débordent indûment les unes par rapport aux autres (bavures et surcharges). On utilise parfois deux ou quatre trous d’aiguille préalablement percés dans la feuille et qu’on enfile dans des aiguilles verticales fixées sur deux ou quatre coulisses mobiles le long d’un châssis. Le châssis est parallèle à la surface supérieure de la pierre qu’il encadre; les aiguilles sont donc normales à cette surface. Le repérage consiste à déplacer les aiguilles sur le châssis jusqu’à ce que la couleur tombe à sa place, ce qu’on vérifie par quelques essais.
Parfois on utilise du papier perforé de trous circulaires en deux angles opposés; les aiguilles du châssis sont remplacées par des cônes. La mise en place de la feuille devient plus rapide.
Le papiey qui sert à la chromolithographie, ne peut être mouillé, car le mouillage dilate le papier. Il est généralement couché (c’est-à-dire
recouvert d'une couche de colle dans laquelle est incorporée une poudre blanche inerte, puis satiné.