‹ Vision et reproduction des formes et des couleurs. Vision mono et binoculaire. Illusions d'optique. Photométrie. Théorie des couleurs. Photographie. Procédés d'impressionChapitre 42 sur 392 · Préliminaires · texte numérisé non relu

Préliminaires

La question de la vision binoculaire a fait couler des barils d’encre. C’est un admirable champ clos où empiristes et nativistes se sont jadis distribué des horions glorieux.

Nous avons deux rétines, pourtant nous voyons simple.

Les nativistes soutiennent que les points des rétines sont liés deux par deux de telle façon que rien ne permettrait au nouveau-né de distinguer les sensations qui proviennent de ces points. Aussi disent-ils que les points sont identiques. Ils ont même- soutenu qu’il existe entre eux une liaison anatomique grâce au chiasma , c’est-à-dire à l’entre-croisement des nerfs optiques au niveau de l’occiput.

Pour les nativistes , les sensations dues aux points correspondants des deux rétines sont non pas fusionnées, mais identiques.

Les empiristes soutiennent au contraire que la fusion est le résultat de l’éducation. Pour Helmholtz, le contenu de chaque champ visuel arrive à notre conscience sans être lié par une disposition organique à celui de l'autre; la fusion des deuop champs visuels en une image commune ( en tant quelle se produit) est un acte psg chique, le résultat de V éducation.

Le débat dure depuis longtemps. 11 a pris son caractère passionné, parce que, comme toujours, on y mêle des questions religieuses et métaphysiques qui lui sont étrangères. Pour mon compte, je ne distingue pas ce que le spiritualisme ou le sensualisme, en tant que doctrines désintéressées, ont à gagner ou à perdre la solution d’un problème qui se pose actuellement d’une manière si compliquée par l'hérédité, qu’il n’a plus qu'un intérêt professionnel pour les physiciens et les oculistes.

Dans son très intéressant Manuel du Strabisme, Javal, cependant grand admirateur de la prodigieuse Optique Physiologique d'Helmholtz, s'efforce de corriger ce que les affirmations de son maître ont de trop absolu. Après Donders, il prend une position intermédiaire que rendent nécessaires nos idées actuelles sur l’importance de l’hérédité.

VISION BINOCULAIRE

Gomme nous le disons au § 30, le problème actuel n’est plus entier, nous ne raisonnons pas sur Adam. L'intellectus ipse de Leibnitz s’impose aujouid hui a toutes les doctrines, quoi qu il en fut chez notre premier père. Au surplus nous ne pouvons soumettre à nos expériences que l’homme actuel.

Voici ce qu’avec bon sens dit Javal : « Étudiant l’observation de 1 aveugle de Cheselden et d’autres relations analogues, le lecteur qui n’a pas de notions philosophiques, est surpris de l’impuissance absolue de ces sujets à reconnaître quoi que ce soit par la vue, tant qu’ils n’ont pas appris, par le secours du toucher, à interpréter les impressions rétiniennes. Au contraire, ceux qui ont une notion nette des processus psychologiques, sont amenés à reconnaître qu’il existe soit un mécanisme préétabli, soit au moins une réminiscence qui se manifeste par la rapidité avec laquelle se fait V éducation de la perception visuelle . » Une éducation est nécessaire; elle est si rapide qu’on doit admettre qu'elle est préparée : telle est la fusion pratique des doctrines ennemies. La vision binoculaire est acquise et innée tout à la fois; notre tâche ne peut être que d’essayer le départ entre ce que nous devons à l'expérience individuelle et ce que nous devons à l’expérience héréditaire , à V expérience collective de l’espèce.

Quant à l’empirisme et au nativisme sous leurs formes étroites et surannées, laissons-les aux professeurs de philosophie.

45. Distinction entre les sensations des yeux. Vision binoculaire.

1° — Quand nous touchons un objet, nous savons toujours avec quelle main; quand nous regardons un objet, nous n’avons généralement pas conscience de l’œil qui nous sert. Les yeux étant à une certaine distance l’un de l’autre, un obstacle (un barreau de fenêtre par exemple) supprime pour chacun d’eux une partie différente du champ visuel : nous sommes généralement incapables de savoir ce qu’il en est, à moins de fermer alternativement les yeux. C’est au point qu’on cite des malades ayant quasiment perdu l’usage d’un œil et ne s’en apercevant que par hasard; sans parler des innombrables strabiques qui n’utilisent à la fois qu’un de leurs yeux, et cela depuis très longtemps, sans en avoir jamais eu conscience.

Toutefois dans certains cas nous rapportons plus ou moins distinctement la sensation à l’un des yeux. Les personnes qui portent constamment des lunettes, reconnaissent quel est le verre sale. Javal cite certains de ses clients qui conservaient parfaitement nette la conscience que telle sensation leur venait de tel de leurs yeux.

Cette conscience est ordinairement abolie parce qu’elle est inutile ; les exemples précédents prouvent qu’elle se réveille lorsqu’elle redevient utile.

2° — Pour déterminer si nous sommes capables de voir avec les deux

yeux, il suffit de fermer alternativement l’un ou l’autre. Il est plus difficile de savoir si nous utilisons simultanément les deux yeux, ce en quoi consiste la vision binoculaire.

Voici le test le plus simple. On met des bésicles dont un verre est rouge, l’autre vert;' on cherche à lire un texte dont les caractères sont rouges et verts. Il est bon de percer les lettres dans une plaque métallique et de recouvrir les trous avec des verres colorés qu'on éclaire par derrière. La vision est binoculaire si on voit le texte ininterrompu; quand on n’utilise qu’un des yeux, on ne voit qu’une partie des caractères.

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