Neutralisation totale ou partielle d’un champ de vision
1° — La neutralisation est le phénomène par lequel nous abolissons la perception d'un des champs de vision, pour supprimer une confusion due à la diplopie ou à toute autre cause. Elle est ordinaire chez les strabiques.
Voici à peu près comment Buffon (qui louchait) décrit ce phénomène : « De quelque côté qu’on tourne le mauvais œil, il ne laisse pas d’admettre des images qui doivent un peu troubler la netteté de l'image reçue par le bon. Mais ces images n’ayant rien de commun, ni par la grandeur ni par la figure, avec l’objet sur lequel est fixé le bon œil, la sensation est beaucoup plus sourde que ne serait celle d’une image semblable.
VISION BINOCULAIRE 8,
« Mon œil droit étant un peu plus faible que le gauche, pour lire de petits caractères je ne me sers que du gauche; en utilisant simultanément les deux, je vois toutes les lettres mal terminées. Ouand je tourne 1 œil droit pour ne me servir que du gauche, l’image due à l'œil droit tourne, et se sépare de l’image de l’œil gauche. La séparation n’est pas plutôt obtenue, que l’image du gauche devient très nette et très distincte. L’œil droit étant dirigé sur un endroit du livre différent de celui que fixe l’œil gauche, cet endroit parait dans un plan différent- son image n ayant rien de commun avec celle de gauche, ne la trouble en aucune manière. Si même mon œil droit se porte sur la marge qui est
d un blanc informe, à peine puis-je m’apercevoir, en y réfléchissant qu’il voit quelque chose. »
En écartant 1 œil faible, l’objet prend donc plus de netteté II faut admettre que les images différentes de l’objet ne troublent pas la sensation, tandis que les images semblables à l’objet la troublent beaucoup.
2°— La question est ici posée avec une grande précision. Les deux yeux peuvent voir séparément avec une netteté inégale mais suffisante à la rigueur. Soit à cause d’une inégalité d’accommodation, soit en raison de l’astigmatisme d’un des yeux, l’une des images trouble la vision de l’autre. Dès que les images sont suffisamment écartées, la perception de la moins bonne est abolie; il y a neutralisation d'un des champs de
Le phénomène n’a rien que d’ordinaire. Les locataires des loges à l’Opéra caquettent sans entendre qu’on fait de la musique dans la salleelles ne le perçoivent que si le premier violon cesse sa chanterelle ou si le cymbalier lâche un de ses disques. Nous autres, pauvres diables qui sommes au parterre, supprimons la perception des raclements qui accompagnent nécessairement le son du violon.
Pour en revenir aux yeux, nous arrachons d’un bel édifice les cheminées qui le déparent; le micrographe ayant l’œil droit sur son microscope, laisse le gauche ouvert et ne s’occupe pas de ce qu’il regarde. Bref nous avons une admirable facilité pour ne pas voir ce qui nous déplaît. Comme dit le proverbe, il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Mais ce que le proverbe ne dit pas, c’est que le sourd yolontaire finit par ne pas entendre mieux qu’un sourd véritable. C’est pourquoi il est si difficile de persuader à ceux qui s’imaginent diriger l’Université, qu’ils ne sont que des ânes : il faudrait d’abord qu’ils vous entendissent.
Nous retrouverons la neutralisation en parlant du strabisme.
Points correspondants.