Montage des épreuves stéréoscopiques
1° — On emploie généralement ici des locutions absurdes dont voici le type : il faut mettre à droite la vue prise à gauche , et réciproquement.
Il n’est cependant pas douteux que l’œil gauche doit regarder l’épreuve prise par l’objectif gauche, et inversement. Qu’on place devant les yeux D, G (fig. 79) un petit cube sur une face latérale duquel est écrite la lettre A. Il est clair que l’œil (ou l’objectif) droit peut voir la lettre, ce qui est impossible à l’œil (ou à l’objectif) gauche.
Cherchons d’où viennent ces indications stupides qu’on trouve partout.
Le lecteur se reportera au
§ 280 pour la définition précise des mots renverser et retourner .
La figure 80 montre les deux objectifs; ils donnent de l’objet O (schématiquement représenté à droite) deux images renversées.
La figure DG à droite est ce qu’on obtient sur le positif (diapositif ou papier), après le double retournement habituel (dû à ce qu’on impressionne la plaque sensible gélatine en avant, et qu’on obtient le positif avec la gélatine du négatif appliquée contre la gélatine du cliché devant servir de diapositif). Les images DG sont renversées.
Les perspectives dont on a besoin, seraient en d et en g qui ne diffèrent de D et de G que par un simple redressement. Pour redresser il suffirait de faire tourner chaque image D ou G indépendamment Vune de Vautre de 180° autour d’un axe normal à leur plan. Mais comme elles sont obtenues sur le même cliché, cette opération est impossible, à
Fig. 79.
VISION DES FORMES
moins qu’on ne coupe préalablement l’épreuve sur papier ou qu’on ne divise le diapositif d’un trait de diamant.
Tout cela est très simple.
Mais supposez avoir entre les mains l’épreuve DG; elle est tête en bas. Il vous paraît naturel d’en redresser simultanément les deux parties par une rotation de 180° autour d’un axe normal à son plan.
Mais vous ne prenez pas alors garde que simultanément vous faites passer à gauche V épreuve qui résulte de l’objectif droit, et inversement.
Fig. 80.
Pour rétablir les choses convenablement, vous êtes alors conduit à intervertir les images : d’où la formule absurde citée plus haut.
En réalité cette interversion n’est que l’annulation d’une interversion antérieure provenant de ce qu’on a l’habitude de raisonner après avoir redressé l’épreuve.
2 0 — En définitive la seule opération à effectuer est le redressement des épreuves droite et gauche indépendamment lune de Vautre. On obtient ce résultat par le redressement en bloc de deux épreuves et leur interversion : opération complexe qui en définitive laisse à droite ce qui était à droite et à gauche ce qui était à gauche.
Il revient au même d’opérer sur le négatif ou sur le positif. Ouand on doit faire un grand nombre de positifs, on prépare le négatif. On le coupe par le milieu, puis on transpose les morceaux qu’on recolle sur une glace de manière que la gélatine se trouve extérieurement. Avec du papier noir on délimite exactement les parties qu’il faut conserver. On a le soin dans le recollage de mettre les points homologues à environ 7 centimètres l’un de l’autre, ce qui exige généralement un rognage supplémentaire du négatif.
3° — Châssis transposeur.
Pour éviter de coller sur une glace auxiliaire les morceaux du cliché,
PERSPECTIVES CONJUGUÉES 133
on utilise un châssis transposeur. Il est fait en somme comme le châssis que représente la figure 237, à cela près qu’on a collé contre la "lace une feuille mince d ebonite ou de carton, entaillée de manière à recevoir les deux morceaux du négatif et à empêcher leurs déplacements relatifs. Il est facile de construire soi-même ce guide pour le format de l’appareil dont on se sert.
90. Stéréoscopes utilisés pour l’observation des épreuves photographiques.
On délaisse généralement aujourd’hui le stéréoscope à prismes ou à lentilles décentrées de Brewster. L’appareil vendu par la majorité des constructeurs se compose simplement de deux lentilles de 12 à 13 centimètres de distance focale, qu’on peut écarter plus ou moins de l’épreuve pour mettre au point, et qui parfois sont montées de manière à permettre de modifier la distance de leurs axes optiques suivant l’écartement des pupilles.
Helmholtz ajoute une seconde paire de lentilles (lig. 81) qu’on supprime ou qu’on maintient suivant qu’on veut un petit ou un fort grossissement.
L’œil emmétrope ou hypermétrope a intérêt à placer le dessin
dans le plan focal principal des lentilles. Si l’observateur est myope, il se ramène au cas précédent en conservant le binocle dont il se sert pour \oii au loin. Les lignes visuelles sont alors naturellement parallèles, puisqu on observe un objet à l’infini : les prismes ou les lentilles décentrées deviennent inutiles (§ 83).
Les yeux ne jugeant pas de la distance absolue, on ne trouve que des avantages à envoyer l’image au loin; en particulier la distance des yeux à l’appareil n’intervient plus sur l’effet produit.