‹ Vision et reproduction des formes et des couleurs. Vision mono et binoculaire. Illusions d'optique. Photométrie. Théorie des couleurs. Photographie. Procédés d'impressionChapitre 82 sur 392 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ILLUSIONS VISUELLES

93. Nature des illusions visuelles. Exercice normal et anormal de l’œil.

1° — Nous sommes arrivés à la conclusion suivante : les sensations visuelles sont des signes que nous apprenons à déchiffrer. Si notre éducation est bien faite, nous créons donc entre nos sensations et les objets extérieurs des associations qui nous permettent de juger de l’existence, de la forme, de la couleur et de la distance de ces objets, dans les conditions ordinaires d’exercice de l’organe.

Inversement nous affirmons l’existence dans le champ visuel, des objets qui devraient s’y trouver effectivement pour donner nos sensations actuelles, lors de V exercice normal et ordinaire de l'œil’, cela, que l’existence des objets soit réelle ou non.

D’où deux catégories d’illusions visuelles.

2° — Nos sens, en particulier notre vue, peuvent être soumis à l’action de causes insolites; c’est le cas des^images catoptriques ou dioptriques.

On ne peut pas dire que la vue nous trompe quand elle nous montre un bâton brisé par la réfraction, ou quand l’œil se trouve incapable de décider parmi les objets en nombre infini qui ont même perspective. L’image sur la rétine est celle d’un bâton brisé, les images de tous les objets sont identiques : l’interprétation que nous devons donner, est la plus ordinaire, celle qui est imposée par les expériences antérieures.

L’illusion, dit le langage vulgaire, est une erreur des sens qui fait prendre l’apparence pour la réalité. Cette définition est fausse. L’illusion n'est pas une erreur des sens : c’est une erreur d’interprétation des sensations, c’est une erreur de la perception. Les sens fonctionnent normalement : mais nous « réalisons » leurs renseignements d’une manière qui, correcte d'habitude, est faussée par quelque circonstance exceptionnelle.

3° — Dans les exemples précédents, il y a exercice normal.

Passons à l’exercice anormal de nos sens.

Nous nous sommes entraînés par habitude à considérer une sensation

ILLUSIONS VISUELLES

comme le résultat de l'existence d’objets extérieurs. Conséquemment toute sensation visuelle est projetée hors de nous et crée une réalité, alors même que les excitations sont purement locales : un coup de poing sur l’œil devient trente-six chandelles.

Tout le monde sait qu’en croisant deux doigts et en les faisant rouler sur une bille, on a la sensation de deux billes; en effet dans leurs positions relatives habituelles, le bord externe du troisième doigt et le bord interne du second, par exemple, ne peuvent être touchés simultanément par une seule bille. Si nous croisons les doigts et les faisons rouler sur une bille, les sensations tactiles qui ne sont pas modifiées, sont interprétées de travers.

Si pour une raison quelconque l’exercice de l’œil n’est plus normal, la loi de correspondance est faussée.

Par exemple, nous disons que les objets sont jaunes quand les intensités des radiations qu’ils émettent sont dans certains rapports : voilà l’usage normal de l’œil. Si nous avons la jaunisse, ou si des injections spéciales modifient la sensibilité de l’œil pour certaines radiations, nous nous trompons sur la couleur : nous avons faussé un des termes de la correspondance établie par l’expérience dans l’état normal.

Page 1