‹ Vision et reproduction des formes et des couleurs. Vision mono et binoculaire. Illusions d'optique. Photométrie. Théorie des couleurs. Photographie. Procédés d'impressionChapitre 83 sur 392 · Circonstances qui facilitent les illusions d’optique · texte numérisé non relu

Circonstances qui facilitent les illusions d’optique

4° — Suppression d’une partie des sensations.

Les sens sont très imparfaits. Pour ne rappeler qu’un exemple, presque toujours presque tous les objets sont vus doubles. Comme ces imperfections sont gênantes, nous les supprimons ; nous nous habituons à ne pas les percevoir, au point qu’il nous est très difficile ensuite d’en reprendre conscience.

Par exemple, les strabiques suppriment purement et simplement ce que voit un de leurs yeux; cet œil reçoit des sensations normales, mais leur perception est abolie.

Si ces propriétés des sens, dont nous ne voulons pas ordinairement reconnaître /’ existence, s’imposent d’une façon particulière à notre attention, nous les interprétons d’une manière erronée.

2° — Réunion des sensations en groupes.

Comme nous n’interprétons les sensations que pour l’utilité, nous les groupons de manière qu’elles deviennent le signe d’un objet. Nous nous refusons à séparer des éléments qui par nature sont pourtant essentiellement distincts.

Par exemple, quand nous entendons simultanément les sons d’un violon et d’un violoncelle, bien que chacun d’eux soit composé d’un fondamental et de partiels, qu’il s’y ajoute des raclements caractéristiques, bien que l’oreille soit capable d’analyser la vibration complexe, nous faisons, d’une part des sons du violon, de l’autre de ceux du violoncelle, deux ensembles que nous entendons comme tels. Nous prenons de ces groupements une telle habitude qu’il nous est ensuite

VISION DES FORMES

•extrêmement difficile, sans l'aide de résonateurs, d’analyser les éléments constitutifs d’un son complexe.

Les mouvements d’un homme nous semblent naturels : regardonsles dans une glace qui les renverse : ils deviendront bizarres. Ils ne présentent plus leur aspect accoutumé, celui que nous avions enregistré par utilité.

Nous avons ainsi constitué des groupes de sensations que souvent nous sommes incapables d’analyser. Un tel a pour nous l’allure d’un porteur d’eau, tandis qu’à sa démarche on reconnaît une déesse : qu’on cherche à définir ce qu’il faut entendre par allure d’un porteur d’eau ou démarche d’une déesse! Cependant, pour des hommes de même éducation, ces locutions correspondent à des représentations analogues.

Le besoin de dissocier certains groupes de sensations pour en mieux juger les éléments, explique la coutume des peintres de regarder leur toile dans une glace qui la renverse. Les objets devenant méconnaissables, ils reconnaissent plus facilement si les couleurs s’harmonisent.

3° — Influence du souvenir ou d’une idée préconçue.

Un serpent n’est pas froid ; pourtant l’épithète subsiste. On s’attend à trouver chaud tout corps vivant : quand il n’a que la température du milieu ambiant, il paraît froid. Le bout de bois voisin, exactement à la même température, paraît chaud.

Dans les mêmes conditions, la barre de fer semble froide. C’est qu’elle est conductrice : comme elle ne s’échauffe pas au contact de la main, comme sa température subsiste, nous la déclarons froide.

Dans ces exemples la sensation est correcte. Mais son interprétation est faussée par une attente qui est déçue; la perception est influencée par un terme de comparaison inexact.

Les sensations douteuses deviennent des perceptions formelles sous l’influence d’une idée préconçue. C’est ainsi que de braves gogos, qui s’intitulent savants et parfois sont remarquables dans une étroite spécialité, sont bernés par des spirites qui leur montrent... ce qu’ils leur ont suggéré de voir. C’est ainsi que les prestidigitateurs ou les joueurs de bonneteau nous font prendre des vessies pour des lanternes : nous ne voyons pas ce qui nous crève les yeux, parce qu’ils nous persuadent de voir autre chose.

Il est nécessaire que nous interprétions les sensations toujours de la manière que l’habitude montre le plus utile, manière que nous pouvons appeler correcte ou normale. Il est donc nécessaire que nous soyons trompés quand, pour des raisons particulières, il faut interpréter la sensation d’une manière différente.

Quand un cas jamais auparavant rencontré se présente, il est inévitable que nous lui appliquions notre expérience antérieure; elle peut nous induire en erreur.

ILLUSIONS VISUELLES

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